ANASTÈME - RÉVOLUTION

ANASTÈME - RÉVOLUTION

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Bonus 1 - Making Of Anastème - Celui que l’on n’attend pas

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  • Plusieurs professionnels de l’édition n’ont eu de cesse pendant des années de me répéter ce constat froid et direct : « personne n’attend ton œuvre ». Ils ne portaient pas de jugement (enfin, je crois) sur ma propre production, ils définissaient de manière empirique ce qui peut paraître cruel et blessant pour l’ego : le monde ne retient pas son souffle en attendant que tu révèles tes talents et ton œuvre.

     J’ai connu des aspirants auteurs qui avaient tellement peur d’être jugés ou mal accueillis qu’ils retardaient volontairement la présentation de leurs projets à des producteurs ou des éditeurs. Quand un projet vous est à ce point intime et personnel, tout rejet provoque une blessure considérable et son anticipation est un puissant blocage. En règle générale, personne n’aime s’infliger volontairement des blessures. C’est très fréquent et ne se limite évidemment pas aux créateurs : quiconque a passé des entretiens pour un travail connait la sensation très désagréable de reporter sur autrui une grande part de la décision du changement que la démarche de l’entretien entraîne.

    J’ai vu des talents abandonner purement et simplement des aventures éditoriales car ils avaient été échaudés par les réactions (ou les absences de réaction) des éditeurs face à leurs propositions. La soumission d’une œuvre et l’attente qui s’ensuit sont des épreuves terribles. L’orgueil, la fierté, l’ambition sont des moteurs puissants de création, mais aussi des alliés funestes qui peuvent se déchaîner quand ils se muent en frustration. Pour avoir été du côté de celui qui refuse un projet (et j’en ai refusé quelques uns…), voir un espoir s’éteindre dans des yeux est un moment très délicat et si la solidarité dans la déception peut être sincère, elle ne suffit pas.

    Alors quand il s’agit de moi, de mes « œuvres », où est-ce que je me situe ?

    Anastème est un projet que j’ai mûri pendant des années et franchement je suis passé par tous les stades : l’enthousiasme, le renoncement, l’hébétude, l’indifférence, le regret, la passivité, l’excitation, le délire, le découragement, la résistance… Avec le recul, il ressemble fichtrement à un chantier interminable, une pierre que j’ai polie encore et encore et encore et dont je n’aurai jamais réussi à obtenir la forme adéquate. Cet excès de perfectionnisme n’a été que l’expression de la peur cauchemardesque de me rater.

    Face à ce sentiment d’inaccomplissement, on finit même par se chercher des excuses : pas le temps, trop accaparé par son emploi et sa vie de famille, l’engagement dans d’autres projets comme échappatoire… On devient en somme un expert en procrastination.

    Lorsqu’un film, une BD ou un roman semblaient aborder de près ou de loin un sujet proche d’Anastème, cela me pétrifiait et je ne voyais aucune consolation à me dire que j’étais, en quelque sorte, dans l’air du temps. Par exemple, l’excellent film Chronicle de Josh Trank m’avait épaté autant que poussé dans un profond désarroi. Cela dévitalise de voir d’autres exploiter intelligemment une idée à laquelle vous essayez encore de donner forme. Pourquoi eux y parviennent ? Que me manque t-il ? Est-ce une question « d’avoir la carte », le hasard, la chance ou une forme d’obstination hors de portée ? D’expérience, je sais que c’est un peu de tout cela, et pour connaître des talents de tous niveaux et de toutes notoriétés, je confirme qu’il n’y a pas de formule magique.

    Tous, après tout, nous commençons devant une page blanche.

    Alors pourquoi enfin ai-je réussi à lancer Anastème après tout ce temps ?

    Il y a plusieurs raisons, mais je vous en dévoile les deux principales : parce que personne ne m’attend précisément, et ce que cela suppose d’audace me stimule infiniment.

    Et parce qu’il est temps.

    Il est temps car j’estime que je me le dois – cela me coûte moins cher que des séances chez un thérapeute. Et surtout parce que je veux que celles et ceux qui m’accompagnent, me soutiennent et m’encouragent sur ce projet, parfois depuis des années, voient que leur amour et leur amitié (car il s’agit bien de cela) s'avèrent une énergie pérenne. Eux m’attendaient. Sans exigence, sans pression, avec patience, avec confiance même, et le souhait simple et fort de me voir réussir et m’accomplir. Il est temps de leur montrer que ce n’était pas vain.

    Alors avant de vous expliquer ma méthode, avant même qu’Anastème soit jugé comme un succès ou un échec dans sa réception, avant tout, j’encourage chacune et chacun qui lit ces lignes à ne pas céder, à ne pas abdiquer, quels que soit vos talents, compétences, convictions. Cherchez celles et ceux qui, à leur manière, peuvent vous porter, parfois même sans le savoir, et portez les de retour. Et de cette énergie construisez, enrichissez, enjolivez, soignez, soutenez.

    Je dédie Anastème à toutes celles et tous ceux qui font de moi quelqu’un. Je les aime, je les remercie et j’espère qu’ils me suivront un peu encore dans cette aventure. Dire que leur présence dans ma vie est précieuse est un doux euphémisme.

    A très bientôt pour le chapitre suivant !

    Sébastien


Anne
Anne - 0

Tu as déjà ta préface : un texte simple, franc, personnel. Moi j'adhère. So go on !