Épris de justice

Épris de justice

Page vérifiée Created at November 8, 2016 Contact

Adresse lyrique et bouffonne des tauliers aux lecteurs magnifiques et donateurs mirifiques

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  • Chers tipeurs, chers futurs tipeurs, chers non tipeurs mais-peut-être-futurs-tipeurs-on-sait-jamais,

    Après deux mois de "campagne", pour user d'une formule pompeuse, notre collecte chemine gaiement sur l'autoroute à quatre voie de la mendicité galopante. Un début tonitruant nous a fait miroiter la fortune, puis les choses se sont tassées et les tips se sont espacés. Comme l'horloge ronronnante d'un salon de vieillard tremblotant, les pièces cliquètent sans éclat mais avec aplomb dans le fond de notre tirelire de scribouillard des prétoires.


    Pour tout vous dire, c'est un fait, il se trouve que des dizaines de personnes ont fait des dons, de nature aussi variées que leur bourse, ce qui qui est normal ; quant aux petits mots d'encouragement et de gratitude, inutile de dire que cela galvanise son chroniqueur, qui part en audience la fleur au fusil et la plume gonflée à bloc. Nous irradions littéralement de fierté lorsque, le bloc-note en bandouillière et le quatre couleurs arrogant, nous noircissons nos cahiers frétillants des crimes et délits que certains de nos concitoyens, amateurs d'infractions, nous offrent en pâture. 

    La genèse

    Mais il est temps de cesser cette débauche d'épithètes et de réfléchir un temps. Qu'est-ce qu'épris de justice, sinon le défouloir moribond de quelques écrivaillons pas bien dotés par la nature ? Un crachoir pour prétentieux férus de morbide, avec prétentions de grandeur ? Une éprouvette pour onanistes spasmodiques, frénétiques amateurs des tourments d'autrui qui se délectent de les rapporter pour la populace affamée de malheur ?

    Où deux cossards loqueteux émergèrent du néant vers les cimes illuminées des hautes sphères judiciaires

    Au départ nous étions deux, vingt-six ans mois après nous sommes huit à écrire des chroniques sur Épris de justice. Deux aspirants journalistes, cette profession aussi belle que dégoûtante, qui suinte la perversité et transpire l'arrogance ;  Cette profession presque autant admirée qu'haïe par nos concitoyens il est vrai souvent fort mal attentionnés. Deux gogos flapis qui végétaient à la sortie d'une école bien connue où ils avaient eu la mauvaise idée de se rencontrer. Deux hurluberlus qui émergeaient d'une formation continue où ils avaient appris les rudiments du métier qu'ils imploraient désormais.

    Les deux balourds s'ennuyaient, quand soudain Cosme Buxin, Sphinx du codage, dit un jour à Félix Roudaut, Gaston Lagaffe de l'espace insécable : "J'ai bien aimé le module chronique judiciaire, je bidouille un site et c'est parti ?" Alors un éclair éventra l'horizon rutilant du crépuscule triomphant, et la matrice de tous les espoirs s'ébranla, l'organe palpitant s'érigea, d'où jailli la verve tiède et délicieuse des deux compagnons de chômage.

    Ils arrivèrent devant l'immense bâtisse, l'effroyable machine qui a remplacé le chêne de Saint-Louis. Ils s'installèrent sur un banc grinçant, le stylo bille à l'affût, l'oeil alerte et la truffe humide. Trois prévenus paumés se firent lyncher par l'illustre taulière de la 23e chambre, un escroc se fit étriller dans un obscur recoin du tribunal, dans les dédales infernaux des couloirs sadiques de l'institution. Quelques articles, ci-nommées "chroniques judiciaires", chroniques des crimes et délits, émaillèrent le blog nouvellement crée. Déjà, quelques habiles dessins ornèrent cette prose rythmée et déjà gambadante, ces mots tapis dans l'ombre.

    Épris de justice était en place et nos deux lurons s'éreintaient déjà à conter des histoires de prétoires, avec style et pointillisme. Il leur manquait un public, ô lecteur chéri, toi qui aujourd'hui te jette par milliers chaque semaine sur notre faconde imbécile. Alors, alors, un étrange cavalier, plus bouffon que Lancelot, cogna à l'huis immaculé du blog anonyme.