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Star Wars : Année Zéro / Chapitre 2 : Lian Euly

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  • Voici le 2 ème chapitre d'Année Zéro (le premier est disponible ici). J'ouvrirai chacun d'entre eux avec le même générique, moyen pour moi de ne pas oublier de placer du contexte, de suivre certains fils. Pour vous, ce sera également la possibilité de vous rappeler comment tout a commencé et de réécouter le thème principal. Que serait Star Wars sans John Williams ? Bonne lecture.

  • Lian Euly


    Lian se tient devant la porte du Haut Conseil des Jedi. Fatigué, tendu, il vient à peine de rentrer de la planète Oortha. Beaucoup de questions se pressent dans sa tête. Trop sans doute. Le souvenir d’Elonn entraînent ses pensées comme l’ancre plonge vers l’abysse. Il faut dire que plus de 6 mois s’étaient écoulés depuis leur précédente rencontre. 6 mois insupportables d’attente à compter sur la Force, à méditer, à s’entraîner, à demander des missions pour oublier. Encore des missions. Toujours des missions. Pour lui, l’expectative incarnait le pire. Et maintenant qu’il était rentré d’Oortha ? Qu’il l’avait vue à nouveau ? Maintenant, il attendrait encore sans savoir quand il la retrouverait, sans savoir s’il la reverrait. Dans 6 mois ? Dans 1 an ? Dans 10 ? De toute façon, le plus douloureux n’était pas là. Car leurs entrevues n’étaient jamais que de brefs affrontements espacés de longues plages de manque, de peine, presque d’éternité. Que faisait-elle en cet instant ? Pensait-elle encore à lui ? Au moins pour le haïr ?


    Lian passa sa main sur son crane rasé à blanc, caressa machinalement la cicatrice qu’Elonn lui avait laissé il y a plus de 2 ans. Son sabre laser avait brûlé sa peau au dessus de l’oreille droite, laissant cette dernière à demi fondue. Il la caressait souvent. En vérité, et il se l’avouait sans réserve, il aimait ce souvenir gravé dans la chair. La marque n’avait fait que renforcer sa détermination, sa soif de la récupérer. Il ne l’abandonnerait pas au côté obscur. Il ne céderait ni à la peur, ni à la colère, ni à la faiblesse. Il la retrouverait. Il la libérerait des ténèbres. Et quand il l’aurait fait, ils partiraient ensemble sur une planète accueillante, loin du fracas des conflits, loin de la politique, loin des Sith, loin des Jedi. Il n’y aurait plus qu’eux et la Force. Eux et l’harmonie. Eux, leurs enfants et certains des speeders les plus rapides de la galaxie pour foncer à travers les champs d’herbe haute. Comme à la belle époque sur Kléros, sur Fendis et toutes les autres planètes du système Mundu...


    Mais pour l’instant Lian ne peut pas s’abandonner à ce rêve qui l’apaise et lui serre la poitrine en même temps. Il doit répondre au Haut Conseil, à ses 12 maîtres. Le passage est obligé. Alors il se décide, pousse la porte et s’avance vers le centre de la pièce. La pièce est aussi sobre que douce dans le choix de ses couleurs, de sa lumière, de la disposition son mobilier, chiche presque ascétique.

    Lian s’est arrêté. Il se tient debout devant la table en hémicycle, là dans cette salle du conseil au sommet de cette tour blanche qui domine l’horizon. La pièce est vide pour le moment mais il entend des pas qui se rapprochent. Son regard se perd au loin dans la vue panoramique qui s’ouvre sur de grands lacs où des ramthars nagent paisiblement. Que le chaos paraît loin, les pensées bercées par les paysages d’Omégan, cette immense planète isolée dans la bordure médiane et capitale des Jedi depuis la célèbre décision du Tribunal de la Nouvelle Confédération Galactique. Un endroit parfait, pensait Lian. D’ailleurs il n’avait pas été le seul à y voir un idéal. C’est la raison pour laquelle, alors que les Jedi auraient pu exiger la révision de la sentence et demander une autre localisation, voire soumettre leur choix en dernier ressort, ils n’en avaient rien fait. Tous avaient apprécié Omégan, loué sa beauté, ses couleurs d’automne chatoyantes, ses habitants paisibles, leur amabilité si caractéristique de l’espèce oméganne. Depuis près d’un siècle maintenant, les Jedi s’étaient retrouvés dans cette planète, dans cette paix intérieure, loin du tumulte de la politique, loin de Nexion, l’œcuménopole de la Nouvelle Confédération Galactique au centre des Mondes du noyau. En vérité, si les Jedi avaient été marginalisés, ils s’étaient aussi d’une certaine manière retrouvés. Omégan était une terre Jedi par nature. Une terre de Force. Une terre d’accueil comme s’ils y avaient toujours vécu.

    Cette fois, le regard de Lian quitte le paysage et se pose sur la porte du fond. Elle s’ouvre. Les maîtres arrivent, s’installent. Malgré son imposante carrure, ses deux mètres et des poussières, il se sent humble. En même temps, il n’a aucune hésitation. Il sait ce qu’il va répondre. Il sait ce qu’on va lui opposer. Tout comme il sait qu’il aimerait partir à la recherche d’Elonn plutôt que d’être dans cette pièce, que son attitude passera pour de la nonchalance ou de l’insubordination. Un instant, il ferme les yeux. Il pense à Elonn, il respire ce moment de tristesse. Il fait appel à la lucidité, à la Force. Puis son regard s’ouvre, ses traits se sont raffermis. Il est calme : de ce calme qui fait bloc avant la tempête. Étrangement, c’est la deuxième fois seulement qu’il met les pieds au conseil. La première n’avait pas été plus confortable. Mais là, la sensation est différente. S’il ressent toute l’expérience, la volonté, la sagacité de ses maîtres, il perçoit une défiance grandissante. Quelque chose ne va pas. Est-ce la raison de leur retard ?

    – Je te remercie de t’être pressé pour nous faire ton rapport, Lian. Je sais ta situation compliquée et je devine que tu n’as pas encore dormi. Mais il est important que nous sachions. Nous ne pouvions prendre le risque d’une communication holographique. La Confédération nous espionne et ce qu’elle apprendrait pourrait la conduire à entraver notre réponse. Nous l’informerons de ce qui nous préoccupe le moment venu.


    Le grand maître Doo’k Athis avait parlé. L’arkanienne avaient prononcé des paroles empreintes de sagesse. Son regard blanc avait accompagné son message d’une lueur à destination de Lian. Comme un clin d’oeil. Doo’k était son maître, leur maître, celle qui les avait sorti Elonn et lui des bas-fonds d’Amélone, la planète dortoir des ouvriers de la ceinture de Revêt dans la Zone d’Expansion à la frontière du système Mundu. Ce jour-là, Doo’k n’avait pas hésité à les prendre sous son aile alors que du haut de leurs 13 ans, les deux garnements tentaient de voler son speeder. La Jedi s’était amusée de leur audace avant de décider d’en faire ses apprentis. Décider ? Disons que la Force lui avait souri. Elle les avait donc formé durant leurs premières années de padawan avant de les assigner à de nouveaux maîtres. Nommée à la tête du Haut conseil, Doo’k Athis avait hérité d’autres charges, toutes chronophages.

    – C’est bien normal, maître, répond Lian.

    – Dans ce cas, tu peux commencer. Raconte-nous ce qui s’est passé.

    – Bien. Je me trouvais sur Galérade dans la bordure extérieure avec les chevaliers Samson Bienne, Ulu Di et maître Terran. Nous enquêtions sur l’affaire de corruption de l’Assemblée des planètes. Nous suivions la trace d’un seigneur sith, Darth Virgo. Nous espérions récupérer une preuve de son implication dans la loi des quotas d’extraction de chanlon.

    – Une preuve ?

    – Le député Quin Las certifiait avoir piraté le brouilleur du sith et enregistré leur conversation. Nous devions récupérer l’enregistrement en échange d’un soutien à sa réforme de la protection des mineurs des ceintures dans la Zone d’expansion. Mais Quin Las était mort à notre arrivée. C’est à ce moment que j’ai reçu un message. Il disait que je rencontrerai Elonn si j’étais capable de rejoindre la planète Oortha en un jour. J’en ai parlé à maître Terran, aux chevaliers Samson, Ulu et nous avons pris la décision de nous y rendre.

    – Sans en référer au conseil, remarque maître Direm Danesh-Pa.

    Si l’écho du masque respiratoire de ce seul représentant de la race Kel Dor ajoute à son propos une ombre menaçant, Lian sait que son statut de doyen ajoute encore au poids de son reproche..

    – J’ai signifié ce que je comptais faire dans un message à maître Doo’k, se justifie-t-il. Je n’ai rien fait en aveugle. Et le maître m’a répondu que la Force était avec moi.

    – Maître Doo’k Athis a eu ses raisons de ne pas s’y opposer. Toi, en revanche, tu n’es plus son apprenti. Tu aurais dû nous informer. Le conseil doit savoir ce que tu fais dans le cadre de cette affaire. Malheureusement, tu nous joues les uns contre les autres. Tu te sers de sa bienveillance pour mener tes affaires.

    – Mes affaires ? objecte Lian. Nous parlons de ma femme. Alors oui, je ne vais pas dire le contraire, je n’ai pas contacté le conseil puisque le temps d’apprendre votre décision, même favorable, et je l’aurais manquée. Mes compagnons certifieront que nous sommes arrivés juste à temps.

    – A temps pour quoi ? L’as-tu ramenée ? As-tu changé quelque chose ?

    – Vous êtes sévère, maître Direm, intervient maître Pau Candeleur. Son intervention devrait nous éclairer au-delà de son cas personnel.

    Maître Direm ne relève pas. Lian reprend.

    – Nous sommes sortis de l’hyper-espace, nous avons plongé dans l’atmosphère d’Oortha en suivant la trace d’une signature radar. Nous avons aperçu une navette sur une plateforme, nous nous sommes posés à côté d’elle. C’est là que nous avons surpris un droïde qui sortait de la soute. Il était étrange, plutôt grand, orange et blanc, avec un faux air de droïde-protocole. Il devait pirater les données. Nous l’avons confronté mais il a préféré sourire et s’enfuir dans le hangar avant de s’enfoncer dans un dédale de couloirs. C’est en le poursuivant que nous avons remarqué que nous nous enfoncions dans un temple Sith. Quoiqu’il en soit, nous l’avons bloqué dans une salle d’entraînement. Plutôt que de se rendre, il a choisi de nous combattre. Il a donc sorti son sabre laser, une lame blanche.

    – Un droïde qui maîtriserait un sabre ? insiste maître Direm.

    – Pas seulement un sabre. Lorsqu’Ulu s’est approché sabre à la main pour accepter le duel, le droïde l’a projeté contre le mur.

    – Un droïde qui utiliserait la force ? s’agace cette fois maître Guon. Je le redis, c’est impossible. Ce ne peut-être qu’une illusion, un simulacre.

    – Croyez-moi, il s’en servait. Il a ensuite créé une bulle qu’il a projetée à grande vitesse. Maître Terran l’a dévié sans voir qu’une seconde la suivait. C’était subtil. Et cette dernière l’a traversée sans que je puisse intervenir. Visiblement, le droïde nous avait pris très au sérieux.

    – Nous savons pour maître Terran. Le compte-rendu de l’hôpital mentionne plus de 200 fractures.

    – On m’en a informé également. J’irai le voir dès la fin de mon rapport.

    – Non. Maître Terran est blessé parce que vous vous êtes jetés dans la gueule du loup, l’accuse Maître Gado Gans, seul togruta du conseil. Parce que vous vous êtes rendus sans escorte dans un temple Sith ! Parce que vous n’avez pas été précautionneux ! Parce qu’il vous a manqué la sagesse ! Parce que maître Terran a lui aussi beaucoup de compassion pour vous, que cela le rend perméable à votre témérité !

    – Ensuite, fait Lian sans relever l’accusation, j’ai ordonné à Samson de ramener Ulu et Maître Terran à la navette puis de se préparer à décoller. Samson m’a laissé seul pour affronter le droïde.

    – Sois très précis que nous sâchions à quoi nous attendre.

    – J’ai attendu qu’il projette ses bulles. Je les ai arrêtées, amplifiées puis renvoyées. Il a tenté de les éviter mais j’ai changé leur direction au dernier moment. Son bras droit et sa jambe gauche se sont désintégrés. En réponse, son autre bras s’est déconstruit tandis qu’une jambe de secours prenait la place de l’ancienne. Il en avait besoin pour s’enfuir. Je l’ai rattrapé peu après alors qu’il n’y avait plus qu’une énorme faille devant lui. Il s’est retourné, m’a confié avoir été ravi de notre combat, a espéré me revoir très rapidement avec de nouveaux bras avant de se laisser tomber en criant son nom : « Moi c’est Rep ». Un vaisseau piloté par d’autres droïdes l’a récupéré dans sa chute avant de disparaître dans la faille. A cet instant, j’ai eu un pressentiment. J’ai suivi la Force en remontant par différents couloir. C’est là que je suis tombé sur Elonn et son apprenti. Je l’ai confrontée. Je lui ai dit qu’il y avait du bon en elle, que je pouvais le sentir et qu’elle reviendrait de notre côté.

    – En cela, tu t’illusionnes, répond Direm qui le fixe intensément. Il est trop tard pour elle. Exactement comme il est trop tard pour nous. Elle ne peut plus être pardonnée. La seule chose qui l’attend, c’est la mort dans un duel ou bien la prison à vie.

    – Il n’est jamais trop tard.

    – L’amour t’aveugle, chevalier. C’est une nouvelle démonstration que l’union des Jedi n’auraient jamais dû être autorisée.

    – Vous vous trompez, maître. Vous n’avez rien autorisé. En outre, les Jedi n’ont jamais eu besoin d’autorisation pour aimer. Ils l’ont toujours fait et en ont supporté les désagréments. Combien d’enfants n’ont-ils jamais reconnu ? Combien de doubles vies ? Combien de désertion pour rejoindre leurs familles ? Pire, c’est parce qu’une partie des jeunes finissaient par s’enfuir que le Haut Conseil a dû évoluer. Et pourquoi fuyaient-ils ? En raison de règles poussiéreuses, en raison de l’attraction de la Confédération, de ses corps d’élites commerciales. Non, il n’y a jamais eu d’autorisation de votre part. Ce n’était qu’un impératif, une obligation de reprendre pied, de conjurer la crise des vocations. Il fallait changer les choses au moment où les Siths sortaient de l’ombre, au moment où la Confédération reconnaissait leur Ordre.

    – Nos règles n’étaient pas poussiéreuses, répond aimablement maître Doo’k. Elles étaient exigeantes. Elles menaient au meilleur de la Force, à l’Harmonie, à la Justice. Elles y mènerent toujours, Lian. Les Jedi ont simplement le choix. Mais la voie de la sagesse conduit à se détacher des passions de pour ne faire qu’un avec la Force.

    – Pardonnez-moi, maître. Je veux simplement dire qu’il n’est pas trop tard, que je n’ai enfreint aucune règle et qu’il n’y a personne à blâmer. Ni moi, ni les réformateurs.

    – C’est ce que je disais, répond Direm en haussant les épaules. Tu ne vois pas ce qui crève les yeux. Ce n’est plus Elonn. Elle est Darth Cinna. Elle est la bouchère de Sevanora. Seul, ton amour les confonds. Malheureusement, cette attitude te perdra. J’espère simplement qu’elle ne blessera personne d’autre. Le cas de Maître Terran devrait nous servir de leçon.

    – Rien de ce que vous direz n’ébranlera ma foi, maître. Un chevalier n’abandonne pas ses compagnons au côté obscur. Pas plus qu’un homme n’abandonne sa femme ou qu’un Jedi n’abandonne la Force. Je suis un chevalier Jedi, je le serai jusqu’à la fin. Exactement comme je ferai revenir Elonn. En attendant, j’ai toujours suivi le conseil et je continuerai. J’irai là où on vous me direz d’aller. Mais je ne perdrai jamais espoir. Je sais à quoi m’en tenir. Je crois en elle. Il y a du bon, je le sens. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Personne ne le sait. Pas vous ni même quiconque dans cette pièce. Elle a disparu il y a 3 ans, en pleine mission. Quelques mois plus tard, elle avait rejoint les Sith. Je ne peux pas l’expliquer. Je peux juste affirmer qu’elle reviendra. Et même si je m’illusionnais, même si j’interprétais la Force en lui imposant mes espérances comme d’autres ont vu l’Elu dans les Skywalker ou un retour miraculeux à l’équilibre dans la galaxie, je la ferai revenir sur le chemin des Jedi. Je la connais depuis que je suis gamin, elle n’a jamais cessé de me surprendre. Alors oui, nous nous sommes trouvés il y a 30 ans quand nos parents ont déménagé sur Amélone. Et si cela doit me prendre 30 autres années pour la faire revenir alors que la Force soit avec moi. Car elle reviendra. Elle vous surprendra. Elle le fait toujours.

    – Maître Direm a raison, Lian, prévient maître Luke Weiler. Tu t’illusionnes. Les Siths jouent avec toi. Ils t’ont informé de l’existence de leur temple. Ils ont voulu te piéger. C’est triste à dire mais ils te font venir quand bon leur semble. Oui, tu te précipites dès que sonne la cloche.

    – A moins que quelqu’un d’autre ait voulu nous informer de cette nouvelle menace, nuance maître Doo’k. Les Siths ne révéleraient jamais leur temple aussi facilement. De même, ils ne partageraient aucune information à moins que celle-ci ne soit critique. Mais termine ton récit Lian, s’il te plaît.

    – Je me suis retrouvé dans une grande salle devant Elonn et son apprenti, Darth Marionetis. Il y avait eu un combat, une explosion. La roche était soufflée un peu partout laissant des squelettes de statues. J’ai découvert des corps de Jedi et de Sith déchiquetés.

    – Des Jedi ?

    – Celui de maître Ibsan. Les autres n’étaient pas reconnaissables.

    – Ibsan ? s’étonne maître Doo’k. Vraiment ?

    – Assurément. Pourquoi ?

    – Lui, plusieurs maîtres et leurs apprentis étaient en pèlerinage au temple de Delpe. Ils n’ont pas donné de nouvelles depuis 2 jours.

    – Je vois. Dans ce cas, je suis désolé..

    – Nous le sommes tous. Continue.

    – Ensuite, j’ai sorti mon sabre laser pour engager le combat. Elonn m’a ri au nez. Elle a concentré la force entre ses mains, créé une sphère. Puis elle a fait jaillir des éclairs qui se sont concentrés. Elle a laissé la sphère s’élever tandis qu’elle s’enfuyait. J’ai senti le danger, je me suis retourné, j’ai couru avant d’être projeté par le souffle. Quand je me suis relevé, la salle était rasée. Je les ai malgré tout poursuivis. A mon arrivée, ils s’étaient emparés d’un vaisseau dans un petit hangar et s’enfuyaient sous mes yeux. Je suis retourné à la navette. J’avais envie de les poursuivre mais Maître Terran était trop mal en point. J’ai tout de même fouillé le vaisseau sur la plateforme, j’ai récupéré la mémoire. Puis nous avons décollé pour rejoindre la station la plus proche. J’ai laissé les deux blessés dans un vaisseau-hôpital chalactéen en demandant à Samson de veiller eux. Et je suis venu faire mon rapport.

    – Je vois. Beaucoup de choses s’expliquent. Néanmoins, que pourrais-tu nous apprendre sur les droïdes ? Un détail ? Une observation ?

    – Rien d’autre. J’ai dit tout ce que je savais. Le reste ne serait que pure spéculation.

    – Très bien, conclut maître Doo’k. Je vais proposer aux membres du conseil de se retirer pour réfléchir aux conséquences de cette information. Des droïdes qui manipulent la force, c’est désormais un fait établi. L’observation du chevalier Euly le confirme. Le message de maître Terran également.

    – Une hérésie, répond Direm. A moins que quelqu’un ait pu synthétiser des midi-chloriens, ces histoires ne tiennent pas debout. Autant dire que je ne crois pas à votre théorie de création artificielle. Il doit y avoir une autre explication. La Force est naturelle, nous y sommes liés par l’organique, par les midi-chloriens. Ceux-là ne fondent pas seulement notre sensibilité, ils respectent notre volonté. Ils nous connectent à la Force si nous désirons l’être au plus profond. Alors non, il n’existe pas d’êtres vivants sans midi-chloriens, pas plus qu’il n’existe de droïdes capables d’utiliser la Force. Précisément, l’obligation du lien organique empêche les espèces intelligentes de jouer au créateur, de changer la structure de notre univers, de remettre en cause le principe sur lequel tout repose. La Force elle-même ne le tolérerait pas.

    – Je partage l’opinion de maître Direm, appuie maître Guon, chalactéen d’origine. Le lien entre la Force et les midi-chloriens prévient sa perversion par l’intelligence. Le cycle ne peut-être inversé. La Force est liée à la nature, à l’esprit, au coeur. Les droïdes en sont dépourvues. Personne ne les liera jamais. Même les chalactéens qui ont essayé n’y sont jamais parvenus.

    – Pourtant, les Sith savent pervertir la Force, fait remarquer maître Candeleur. Ils auraient pu aller plus loin.

    – La Force ne prive pas du libre arbitre, objecte maître Direm. Les Sith sont égoïstes, cruels, vaniteux, ambitieux. Mais ils ne sont pas stupides.

    – A moins que leurs créations ne se soient retournés contre eux. D’ailleurs pourquoi ce temple ne figure-t-il sur aucune des listes transmises à la Confédération ? Peut-être parce qu’ils y font des expériences. Des expériences qui ont peut-être mal tourné.

    – J’en doute. Mais nous le découvrirons. Mon point de toute façon n’est pas là. Les Sith ont choisi de faire un usage de la Force à leur image. Or cet usage n’altère en rien l’ordre de la nature. Mais dans ce cas précis, nous parlons d’une monstruosité. Un droïde ne devrait pas pouvoir utiliser la Force. Les seuls exemples dans l’Histoire sont les robots équipés d’inhibiteurs de comportements modifiés, soit des implants organiques dont l’utilisation frisait le pathétique, indigne de la sensibilité d’un padawan de première année. Là nous parlons de maîtres dans l’art du sabre, de la Force. Nous parlons de droïdes chez lesquels plusieurs Jedi n’ont senti aucune vie, aucun organe, aucun midi-chloriens. Jusqu’à présent, seuls des cyborgs avaient montré des aptitudes comparables, des être vivants mécanisés. J’ai trouvé plusieurs cas, à l’exemple du général Grievous. Finalement, je ne crois pas que quiconque ait pu aller plus loin vers la machine puisqu’il ne lui restait que son cerveau, ses yeux et son cœur. Ce qui laisse seulement deux possibilités : soit ces machines sont des cyborgs. Soit un fou est parvenu à synthétiser des midi-chloriens. Mais je ne veux pas y croire. En disséquant l’un de ces fameux robots, nous trouverions un lien organique, c’est certain. Sa capture devrait être une priorité. Quoiqu’il en soit, dans tous les cas, il ne peut y avoir qu’une conclusion : leur éradication. Et si les Siths sont responsables, nous les traduirons devant le tribunal de la Confédération.

    – Restons-en là, termine Maître Doo’k alors que maître Gans s’apprêtait à continuer. Nous écouterons toutes les propositions et toutes les hypothèses cet après-midi en séance extraordinaire. J’en aurais moi-même à présenter. D’ici là réfléchissez et faîtes appel à la Force. Elle nous guidera.

    Les maîtres acquiescent, se lèvent, quittent progressivement la salle dans un silence de mort.


    – Reste, murmure maître Doo’k à Lian. J’ai besoin de te parler.

    Le maître attend que la porte se referme puis reprend.

    – Tu as pu t’approcher d’Elonn ?

    – Oui. J’étais suffisamment près. J’ai fait très attention à ce que vous m’aviez dit.

    – Qu’en as-tu pensé ?

    – Elle avait l’air épuisée, tendue. Mais il y a encore du bon en elle. Je l’ai senti frémir en me voyant. Elle le fait chaque fois. C’est toujours plus discret, plus ténu, pourtant je le perçois encore. Elle s’est aussi considérablement renforcée. Elle était déjà une des rares Jedi à savoir manier les éclairs de Force, désormais ses pouvoirs vont au-delà de ce que je pouvais imaginer. Non seulement, elle peut briser nos sabres mais elle peut créer des bombes de forces. Je n’avais jamais vu ça. En l’espace de 6 mois, elle est devenue beaucoup plus forte. Bien plus que ce nous redoutions.

    – Pas plus forte, Lian. Le coté obscur est plus rapide, plus impitoyable, plus destructeur. Jamais plus fort.

    – Pardonnez-moi, maître. Je voulais dire que son pouvoir avait grandi. Je pense que je pourrai encore l’arrêter de manière traditionnelle. Seulement, elle trouve toujours un moyen de m’échapper. Je ne parviens jamais à rester seul assez longtemps pour la capturer. J’ai échoué 4 fois. 4 fois maître. C’est comme si j’étais prévenu uniquement pour la voir s’évanouir.

    – Je comprends ta frustration. Pour autant, ce n’est pas le nombre d’essais qui importe mais le seul qui te permette de réussir. Sois confiant. En revanche, quelque chose m’intrigue, crois-tu que ce soit elle qui t’ait prévenu de sa présence sur Oortha ?

    – Oui.

    – Dans ce cas, est-ce la Sith qui te torture ou son côté lumineux qui t’appelle à l’aide ?

    – A dire vrai, je n’en sais rien maître. Le sait elle-même ?

    – Je comprends. C’est peut-être la clé. Enfin, il me reste une dernière question. Maintenant que ses pouvoirs ont évolués, es-tu prêt à faire ce qu’il faut si tu y es obligé ? Tu as un pouvoir particulier, Lian. Utilise-le si tu dois t’y résoudre.

    – Si je m’en sers, maître, elle me haïra pour toujours. Je ne la récupérerai jamais.

    – Tu ne la récupéreras pas davantage si tu meurs. Aie confiance en la Force. Aie confiance en ton pouvoir. Aie confiance en ton amour. Elle reviendra à cette condition. Rien n’est perdu, Lian. Je fais des recherches, j’essaye de comprendre. Je ne veux pas te donner de faux espoirs. Je te dis juste qu’il y en a et que la solution pourrait être plus proche qu’on ne le croit. Je suis sur une piste. Mais tu dois être prêt à utiliser ton pouvoir si je ne comprends pas à temps.

    – Je ne sais pas, maître. Je doute. Si je le fais, je détruirai son monde. Je le détruirai même si elle n’était pas Sith.

    – Dans ce cas, entraîne-toi plus dur, bats-la dans la pure tradition Jedi et ramène-là.

    – Oui, maître. Je progresserai encore. Je vous le promets.

    – Je sais, Lian. Tu feras au mieux pour la ramener. Comme je sais que tu te sacrifieras si les conditions l’exigent. Seulement, je te demande une chose : ne le fais pas pour Darth Cinna. Si tu meurs, meurs pour Elonn.

    – Je le ferai, Maître. Je ne douterai pas le moment venu. J’embrasserai mon Destin.

    – Bien. Tu es devenu sage, mon apprenti. Un vrai maître. Je suis tellement fier de toi. Et triste également. Car le sort est cruel. Mais confie-toi à la Force, laisse-là te guider, médite pour comprendre.

    – Toujours, Maître.

    – Bien. Je voulais te dire une dernière chose. La mort de ces Jedi sur Oortha n’est pas un hasard. Il est très probable que les Sith ne les ait pas tués, qu’ils aient été victimes de ces machines. Nous avons eu une visite de deux droïdes il y a plusieurs semaines dans notre académie de Tatouine. Ils ont immobilisés nos maîtres, rassemblé nos élèves, déclamé un discours enflammé sur la vraie nature de la Force avant de prévenir qu’il s’agirait de leur seul et dernier avertissement. Soit nous les rejoignons, soit nous devrons nous préparer à retourner à la force.

    – Retourner à la Force ?

    – Mourir, Lian. Mourir...


    ---- Chapitre 3 ----