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Star Wars : Année Zéro / Chapitre 3 : Darth Cinna

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  • 1er chapitre ici / 2ème là. 3ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;)


  • Darth Cinna



    La navette de Darth Cinna et de Darth Marionettis s’approche d’un astéroïde en orbite lente, perdu dans le champ gravitationnel de la planète Xi. Cette dernière n’est plus qu’un astre mort, sans davantage de bouillonnement du noyau que de gaz dans son atmosphère. De ses fastes années où la vie rayonnait, où les civilisations s’implantaient par dizaine, il ne reste qu’un corps inerte, prêt à retourner à la Force.

    Darth Cinna mène le vaisseau à la surface de l’astéroïde, entre dans un cratère, suit un long boyau jusqu’à une porte massive. Celle-ci se lève sur un immense hangar, laisse passer l’engin qui se pose un peu plus loin sur une plate-forme, à côté d’une quinzaine de vaisseaux : X-Wing, crucible, chasseur stellaire Umbaran, chasseur Tie, intercepteur Delta-7, cargo léger VCX-100, B-Wing, ARC 170.... La porte se referme. Marionetis est le premier à descendre de la soute. Il est accueilli par un petit droïde rouge en forme de cube. Celui-ci roule cahin-caha vers lui, baragouinant dans ce langage informatique que seul Marionetis comprend.

    – Merci DCR3, répond ce dernier. Et désolé d’apprendre que tu t’es senti un peu seul.

    Le droïde continue, s’emporte.

    – D’accord. Plus qu’un peu cette fois. Mais tu devais te trouver de nouvelles occupations. Je ne t’ai pas laissé sans rien.

    Le droïde ne s’arrête plus.

    – Oui, ça s’entend. On changera ça. Promis. A part ça, des changements ?

    Les boutons du droïde s’allument comme des lucioles.

    – Des variations positives ? Je vais regarder. Ne t’emballe pas trop. Tu sais ce qui se passe quand ça t’arrive. Oui, c’est souvent la déception.

    Le droïde fait demi-tour sur lui-même, boude à sa manière.

    – D’accord. J’ai compris. Je t’emmènerai à mon prochain voyage. C’est promis.

    A son tour, Darth Cinna apparaît dans l’encadrure de la soute. Elle descend difficilement du promontoire qui mène à la plate-forme. Elle semble épuisée, tombe au sol en mettant la main à la poitrine. Elle a du mal respirer. Marionetis la regarde puis s’éloigne pour entrer dans une petite pièce. Il revient avec un verre, lequel contient une espèce de mixture bleue. Il se tourne vers DCR3 :

    – Au fait, j’ai enlevé le transpondeur et les balises de la navette. Démonte-la, récupère les bonnes pièces et envoie le reste s’écraser sur Xi.

    Puis Marionetis se retourne et s’approche de Cinna qui le regarde étrangement. Ses yeux ont repris une couleur normal, le liserai bleu a envahi l’iris, le jaune et le rouge ont disparu. Elle tend sa main, prend le verre, le jette au loin.

    – Ordure, murmure-t-elle en tentant de reprendre son souffle, épuisée par l’effort.

    – Ne parle pas, répond simplement Marionetis en pointant au droïde les salissures. Récupère juste. Je vais te chercher un autre verre. Si tu le lances, je te forcerai à boire.

    – Lian était là, souffle-t-elle alors que les larmes coulent sur ses joues. Tu l’avais encore prévenu. Il aurait pu mourir dans l’explosion.

    – Je lui ai laissé le temps de s’éloigner. Tu devrais l’avoir compris. Je ne tue que par nécessité.

    Elonn essaye de se relever, y parvient dans de gigantesques efforts, attrape difficilement son sabre laser, sort sa lame.

    – Tu es tellement volontaire, admire son adversaire, alors que d’un geste de la main, il l’oblige à ranger le sabre. C’est aussi pour ça que je t’ai choisie.

    – Quoi que tu veuilles, tu ne réussiras pas. Je finirai par te tuer. Tu paieras pour m’avoir réduite en esclavage. Tu paieras pour nous avoir séparés.

    Marionetis ne répond rien. Il s’éloigne, ôte son masque en forme de main qu’il dépose sur un petit établi, là, parmi d’autres de toute forme et de toute taille. Se faisant, il révèle un visage doux, d’une étrange beauté, celle d’une vingtaine d’année à peine froissé par les cernes et encadrée de longs cheveux blancs. Son œil reprend sa couleur naturelle, le rouge disparaît pour laisser place au vert émeraude.

    – JE TE TUERAI ! hurle Elonn.

    – Ne cède pas à la colère. Tu es frustrée, je le conçois. Mais tu finiras par comprendre, nous ne sommes plus loin de mon objectif. Je ne t’ai pas menti quand j’ai dit que je t’admirais. Ta volonté te rend capable d’endurer ma manipulation, de ne pas sombrer dans le côté obscur.

    – Qu’est-ce cela change ?

    – Je ne veux plus qu’une de mes marionettes s’y abandonnent. Tu es une Jedi, Elonn. Reste sur ta voie. Et tranquilise-toi, Lian n’a rien. Patiente encore un peu. Tu comprendras.

    – Attendre. Encore ! Et tu ne cesses de dire que je comprendrai. Tu le répètes depuis 3 ans. 3 ans Marionetis ! 3 ans que tu m’as volés ! 3 ans que tu mens.

    – Je t’ai dit que tu servais un plan, un objectif. Je t’ai laissé entrevoir un horizon. Mais tu dois patienter. Ce ne sera plus long maintenant.


    Elonn s’apprête à réponse lorsque Marionetis l’arrête. Il a senti la vibration dans sa poche. Il sort l’holocommunicateur de Cinna. Un seigneur noir des Sith apparaît. Il s’agit de Darth Valel, le messager d’Aetius. Il est reconnaissable entre mille avec sa cicatrice en forme de X sur le visage. D’un ton sec, Valel ordonne à Cinna de faire son rapport au conseil des Sith. Le conseil sera présidé par le Seigneur Aetius. A cet instant, Elonn est frappé par l’intensité du regard de Marionetis.

    – Je t’avais dit que tu n’aurais plus beaucoup à attendre, sourit-il simplement alors que la lueur a disparu. Le message que j’ai écrit de ta part à propos d’Oortha a fait son effet. Aetius veut te voir , il t’invite. Cette fois, je ne te laisse pas le choix, Elonn. Tu bois la concoction et tu dors. Nous n’avons pas de temps à perdre. Pas aujourd’hui. Il t’a choisi. Tu vas lui être présentée. Tu vas participer au Conseil.

    – Pourquoi ? Pourquoi n’a-t-on pas le temps ? Pourquoi ce conseil est-il si important ?

    – Parce que tu y assassineras Aetius. C’est la mission que j’ai pour toi.

    Le visage de la Jedi se fige. Elle sent toute la volonté, la méticulosité de son ennemi. Toutes les pièces s’emboîtent parfaitement : ses talents pour la création d’éclairs, ses entraînements, les possessions pour la mener toujours plus dans l’utilisation de la Force, son amabilité apparente, les conversations sur l’ordre Jedi, les Sith, l’importance du bras qui ne tremble pas quand on abat sa cible, le fait même qu’elle n’ait jamais croisée Aetius, recevant ses ordres et ses appréciations de Valel, la voix du maître. Même ses moments de repos et de tranquillité, prisonnière de cet astéroïde, dans son petit confort, tout cela n’avait servi qu’un but. Rien n’avait été laissé au hasard. Tout avait été conçu pour qu’elle ne se doute jamais du sort que lui réservait Marionetis, elle qui pensait avoir été formée pour devenir son apprentie, elle qui pensait devoir être convertie à sa cause, à ses plans quels qu’ils soient, elle qu’il l’obligeait à l’accompagner, à observer le massacre des Sith qui croisaient leur route avant d’en faire porter la responsabilité à d’autres, à elle. « Il m’a eu. Il m’a complètement eu. »

    – Je n’ai pas eu le choix, répond Marionetis qui lit en elle comme dans un livre. Tu le comprendras par toi-même. Tu le ressentiras. Tu accepteras ton sacrifice.

    – Accepter mon sacrifice ? rit-elle nerveusement, le visage plongée dans la désolation, se sachant sous son contrôle, incapable de s’en libérer. Mais quel est ce monde tordu dans lequel tu vis ?

    – Un monde où je déguise l’agneau pour l’infiltrer parmi les loups. Un monde où je prends des femmes pour en faire des armes et les tourner contre lui. Un monde bientôt débarrassé de son vice. Un monde où tu vas réussir Elonn.

    – Réussir quoi ? Servir tes plans ? T’aider à prendre le pouvoir ? Tout s’explique. Je suppose aussi que c’est toi qui as créé ces droïdes, que c’est toi qui as provoqué l’incident d’Oortha !

    – J’aurais aimé mais non. Je n’ai aucune idée de ce qui est en train de se passer. Ces droïdes ont offert à Aetius l’opportunité de tester tes capacités d’analyse. Il a deviné qu’il fallait envoyer un élément d’exception. Il connaissait tout de toi, il était temps pour lui de passer à l’étape supérieure. Quoiqu’il se serait produit d’important dans la galaxie, tu serais partie en mission. Alors pour être honnête, je devrais remercier ces droïdes. Je perçois le trouble chez les Sith, chez les Jedi. Il m’offre des opportunités, ils dissipent leur attention.

    – Comment ne pas être troublés ? Ces droïdes sont certainement le fruit d’un esprit pervers, d’un esprit comme le tien.

    – J’en doute, ma chère. Ils sont beaucoup plus que cela. Tu le saurais si tu te souvenais précisément de celui qui a dit s’appeler Huit. Mais ça te reviendra peut-être. Je n’ai pas voulu relever quand il a parlé de son prénom. Sa personnalité, sa sensibilité, sa capacité d’abstraction transparaissaient dans ses parole. Le chiffre huit est le symbole du croisement des deux cycles, sans doute aussi de la reconnaissance de sa nature profonde, de son système octal. J’en conclue que Huit est bien plus qu’un droïde, qu’il s’agit d’un être à part entière, d’un individu complexe, subtil, rempli d’émotions, capable de manier la force avec une grande dextérité. Tout cela a transpiré des nos combats, de nos échanges. Clairement, son existence signifie que son créateur l’a voulu unique. Il ne peut y avoir de perversion à l’origine d’une telle générosité. Pour le reste, ces droïdes sont la preuve que la Force est capable de bouleverser l’ordre de la nature. Je ne sais ni comment ni pourquoi, mais elle les accompagne. Malheureusement, je doute que la Galaxie soit prête. Encore moins les Jedi.

    – Les Jedi sauront quoi faire.

    – S’ils sont capables de comprendre mais j’en doute. En tout cas, ton intérêt pour ces robots est étonnant. S’il y en avait eu davantage de Jedi de ta trempe, les choses auraient pu être différentes. Maintenant, il est temps de passer aux choses sérieuses. Il faut se préparer. J’ai patienté, étudié, fomenté pendant un temps que tu ne saurais imaginer. Dans une semaine, tu assassineras Aetius. Pour cela, il va falloir un minimum de coopération. Les échanges que nous avons lorsque tu es sous mon contrôle ne servent pas seulement à tromper, ils me permettent de réfléchir. J’en ai besoin car j’ai du mal à me concentrer. Puisque tu combats en permanence mon contrôle, c’est le seul moyen que j’ai trouvé. Mais dans une semaine, si tu luttes, je risque de vaciller. Dis-toi que pendant que tu siégeras, je serai interrogé. Je serai torturé pour avouer tes faiblesses, tes ambitions, tes secrets, au moins autant que pour renforcer mon côté obscur et me punir d’avoir survécu à mon précédent maître. Les conditions n’auront rien d’idéales. De sorte que si tu ne coopères pas, je devrais écraser ton esprit. Dans ce cas, tu n’émergeras pas du chaos, Elonn. Et ça, je ne le veux pas. Je ne le ferai pas. Ce n’est pas une fin digne de toi. Alors je te laisserai le choix.

    – Tu ne le veux pas ? Et moi alors ? Qui accepterait de collaborer à sa propre mort ?

    – Un véritable Jedi.

    – Jamais ! Quel Jedi ferait ça ? Et pourquoi ?

    – D’abord, parce qu’il y a pire que la mort. Ensuite parce tu n’es pas prête à encaisser le choc de ta rencontre avec le Seigneur noir des Sith. La vérité est simple : si je ne te contrôle pas totalement et que je ne domine pas tes réactions, tu lui opposeras tes vertus, ta droiture. Et crois-moi, cette réaction fera échouer mon plan. Quoiqu’il se passe, Aetius ne doit pas s’en sortir. Au moment propice, tu créeras une bombe, la plus puissante que tu aies jamais faîte. Et elle soufflera tout le bâtiment.

    – Mais je ne veux pas mourir. Si tu tiens à ton plan, que tu me laisses le choix, change-le. Trouve un moyen pour moi d’y échapper.

    – J’y ai déjà réfléchi. C’est impossible. Je ne vois rien d’autre que la bombe pour l’atteindre. De toute façon, même si tu y survivais, le palais serait fermé, les navettes interdites de décollage, et nous serions incapables de fuir. Non, il y a trop peu d’opportunités, aucun moyen de faire autrement, crois-moi... Mais tu comprendras. Je n’ai pas d’inquiétudes. Je te prépare, je te fais mûrir mais avant tout, je te fais confiance. Je sais qui tu es. Tu feras ce qu’il faut.

    – Ca n’a aucun sens. Pourquoi le ferai-je ? Et pourquoi Aetius ? Que t’a-t-il fait ?

    – Tu l’accepteras parce que tu sentiras sa nature. Mais je peux te raconter une histoire à laquelle tu réfléchiras durant le voyage. Vois-tu, il existe une légende qui court depuis des centaines d’années parmi les Sith. Une parmi d’autres à vrai dire et elle n’est pas la plus populaire. Je crois d’ailleurs que les Sith ne l’aiment pas. Elle n’a ni l’aura extraordinaire de celle de Darth Plagueis, ni la puissance de celle de Darth Bane, ni encore la grandeur de celle de Darth Sidious. Pourtant, il arrive à certains maîtres de la conter à leurs jeunes apprentis. Ils le font pour graver la peur, imposant les images mentales d’un masque qui a imprégné les consciences de tous ceux qui l’ont vu, qui ont réussi à témoigner. Et ils sont rares.


    A cet instant, Marionetis imprègne dans la conscience de Cinna l’image d’un visage fait d’un métal tordu dans lequel on devine à peine une forme humaine. Le visage du Dévoreur !

    – Je ne ne crois pas aux légendes, défie Elonn. Je n’ai pas peur des Sith.

    – Tu auras peur. Celle dont je parle relate la vie d’un Sith si fou, si investi par le côté obscur qu’il n’existait que pour la prédation de ses congénères, se délectant de leurs cadavre tandis que les survivants finissaient enfermés dans son repaire, incapables de proposer la moindre résistance, l’esprit écrasé.

    – Un Sith qui tue d’autres Sith. On dirait ton portrait craché.

    – On lui a déjà attribué certains de mes actes, c’est vrai. Mais je ne suis pas un Sith. Et celui dont je te parle est à la tête de l’ordre aujourd’hui. Il se gave de la peur qu’il inspire. Il dévorera éternellement jusqu’à ce que quelqu’un l’arrête. Et ce quelqu’un, c’est toi.

    – Si tu ne cherches qu’à l’arrêter alors préviens les Jedi. Nous t’aiderons, je te le promets.

    – Il est trop tard. Et vous êtes trop faible.

    – Nous pouvons vaincre n’importe quel Sith.

    – Pas celui-ci. J’ai longtemps cherché un moyen de le faire, je l’ai même aidé à prendre la tête de l’ordre pour l’exposer. Je lui ai coupé le bétail sous le pied, j’ai contribué à ce qu’il est. Et d’une certaine manière, j’ai contribué à bien d’autres choses. Malheureusement, en aucun cas, vous n’êtes de taille. Ni vous, ni les Sith, ni moi.

    – Si tu penses me convaincre en tentant de m’effrayer, c’est peine perdue. Je n’ai pas peur du côté obscur. Je n’ai pas peur de lui ni de toi. Exactement comme je ne veux pas mourir. Oui, je veux vivre.

    – Si je pouvais prendre ta place, je le ferai. Mais il faut voir loin. C’est ce qui nous distingue des autres utilisateurs de la Force. Nous durons parce que nous anticipons alors que ton ordre ne fait jamais que réagir, englué dans la passivité, dans la politique. C’est la tragédie des Jedi. Se perdre en palabres, incapable de voir les enjeux derrière les écrans de fumée du pouvoir. Mais dans une semaine Elonn, tu entreras dans un autre monde : un monde que tu n’imagines pas, un monde où un homme n’a pas choisi le côté obscur mais où il l’est devenu. Tu le sentiras en une fraction de seconde. Et tu feras ton choix. Je t’ai fait rencontrer Lian plusieurs fois pour approfondir mon contrôle. Chaque fois tu bouillais de lui crier de venir à ton secours, de se méfier de moi, de ne pas t’abandonner. Chaque fois, il me fallait des ressources extraordinaires pour te dominer. Mais devant Aetius, ce sera plus dur. Parce que je serai dans une autre pièce, affaibli. Et parce que tu auras envie de lui opposer ta vaillance. Mais tu me feras confiance, tu me laisseras faire. Sans quoi, tu le défieras en duel. Et tu perdras. Prie alors la Force qu’il ne te garde pas en vie.

    – Je ne te céderai jamais.

    – Tu céderas parce que tu es juste, Elonn. Aussi parce que tu es coincée. Soit tu résistes à mon contrôle et tu te fais démasquer. Soit tu acceptes le destin que j’ai conçu pour toi et tu délivres la galaxie. Dans le premier cas, tu seras torturée pendant des années et tu tomberas dans le côté obscur. Dans le second, tu seras honorée comme une héroïne. Et je veillerai à ce que Lian apprenne ton courage. Ton rôle et ta mémoire resteront gravée dans l’Histoire des Jedi.

    – Et si tu te trompais ? Si tu comprenais mal le côté obscur ? J’ai déjà entendu parler d’Aetius. Il est à la tête de l’ordre depuis 20 ans. Durant cette période, il n’a jamais fait preuve de cruauté, de sauvagerie, juste d’ambition, d’autorité, d’assurance. Il est un Sith respecté de la Confédération. Maître Doo’k l’a rencontré a plusieurs reprises. Elle le croit de ceux pour qui le côté obscur possède sa noblesse, son honneur. « De tous les maîtres possibles, c’est le moins pire » a-t-elle dit en intervenant dans ma classe.

    – J’en rirai si ce n’était pas dramatique. Vraiment, il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Si maître Fallas savait ce qu’est devenu son apprentie… Si seulement, il avait pris la tête du Haut Conseil alors les choses auraient été différentes. Mais les Jedi en ont voulu autrement. Leurs mauvais choix ne cesseront jamais de me surprendre. Ils ne voient pas Aetius comme ils n’ont pas vu Palpatine. Malgré tout, il faut reconnaître aux Sith leur maîtrise de la dissimulation. Vois-tu, je ne tiens pas ma sensibilité de ma vénération de la Force, ni de ma capacité à la plier à ma volonté. Je la tiens parce que je l’écoute, que chaque variation est un murmure et que chaque murmure abrite une vérité. Même quand quelqu’un se dissimule, elle parle. C’est ironique parce qu’à l’époque où je n’avais pas mes dons, je savais déjà à quoi m’en tenir avec beaucoup de gens. Je l’écoutais sans savoir. Et tu auras toi aussi cette révélation, tu entendras ce murmure. Car le visage séduisant que prend Aetius pour jouer les ambassadeurs n’est pas celui qu’il arborera. Tu sentiras la terreur. Tu voudras l’affronter, tu voudras l’abattre. Exactement comme tu perçois ma sincérité en ce moment même. Tu es une bien meilleure Jedi que ceux qui peuplent le conseil, Elonn. N’en doute pas.

    – Tu me dis ce que je veux entendre. Et derrière ton apparente sincérité, tu caches des choses essentielles. Tu es un manipulateur. Tu vis dans l’ombre, tu frappes dans le dos.

    – Bien sûr que je cache mille choses : mon identité, ma connaissance des ordres, ma maîtrise de la Force. J’aimerais t’en dire plus mais je dois prendre en compte l’idée que tu puisses être capturée. Malgré l’affection, malgré l’admiration que j’ai pour toi, tu n’en sauras jamais plus. Comprend simplement que mes décisions sont rationnelles. Il n’existe aucun seigneur noir plus cruel ni plus impitoyable que le Dévoreur. Il n’obéit à aucune règle, à aucun code. Il est le Seigneur Absolu,

    – Pourtant, si tu y réfléchissais, je suis sûre que nous trouverions un autre moyen. Je t’en prie. Pense à...


    Elonn aurait aimé argumenter, le persuader de ne pas se servir d’elle, de lui laisser la vie sauve. Pourtant, ses yeux se ferment, elle s’écroule. Elle n’en peut plus. L’épuisement a finalement triomphé de sa résistance. Dans l’inquiétude, dans la peur, malgré le désir puissant de retrouver Lian, malgré sa volonté, sa soif de vivre, elle est allée au bout d’elle-même.


    ---- Chapitre 4 ----