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Page vérifiée Created at April 11, 2015 Contact

Key & Peele : "Les inconnus" américains

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  • Bonjour à tous,

    Je tenais absolument à revenir sur les meilleurs sketchs du duo comique Key and Peele qui s'avoue comme ma révélation de l'année. Certes j'en avais vu plusieurs auparavant (notamment le fameux Office Homophobe) mais sans m'arrêter davantage. Or je ratais l'un des meilleurs duos comiques de l'histoire. C'est tellement drôle, parfois acide, dingue et d'une originalité flamboyante. Ce n'est pas pour rien qu'ils correspondent, à mon sens, à ce que nous avons connu avec Les Inconnus. Du coup, j'ai décidé de vous faire une sélection de leurs meilleurs sketchs (ceux que je peux regarder en boucle) avec des petites explications sur le sous-texte. 

    ps: au passage, je viens de découvrir qu'on peut choisir des sous-titres anglais et ils sont très bien faits. De sorte que si vous avez un peu de mal à comprendre, n'hésitez pas à les mettre.


     Substitute teacher 

  • Ce sketch, leur plus populaire (120 millions de vues), est particulièrement brillant. Pour en saisir toute la mécanique, il faut avoir à l'esprit plusieurs éléments. D'abord, le professeur est un "substitute", c'est à dire un remplaçant. Il explique notamment avoir enseigné pendant 20 ans en centre-ville ("inner city"). Du point de vue de l'urbanisme, il faut savoir que les USA ont évolué de manière très différente de l'Europe puisque les centre-villes sont l'équivalents de nos banlieues avec leur lot de quartiers difficiles, de ghettos, de concentration de populations de couleur, de gens pauvres (petit article dans la rubrique opinion du New York Times si vous voulez en savoir plus). C'était d'ailleurs une critique adressée à Donald Trump lors de la campagne présidentielle, lui qui assimilait les populations afro-américaines aux centres-villes (le fameux "They're living in Hell"). 
    Le professeur arrive donc de la "banlieue" dans un lycée plus bourgeois et blanc. Le décalage lui fait inverser une particularité propre aux populations afro-américaines, à savoir celle des prénoms créatifs. En effet, depuis quelques décennies, de plus en plus de familles afro-américaines préfèrent donner des prénoms originaux plutôt que de piocher dans le répertoire traditionnels des noms de baptême anglosaxons. C'est une sorte de réappropriation culturelle, un peu à l'image de ce qu'avaient fait les protestants pour se distinguer des catholiques, en choisissant leurs prénoms dans l'Ancien Testament (Samuel Beckett, Abraham Lincoln, Isaac Newton). A ce titre, si vous regardez les sports américains, vous aurez forcément noté l'originalité de ces nouveaux prénoms. Rien que dans la NBA, vous trouverez Lebron James, Javale McGee, Dejounte Murray, LaMarcus Aldrige, DeAndre Jordan, Tayshaun Prince, Dwyane Wade, DeMarre Carroll, Kentavious Caldwell, Jrue Holiday... Il s'agit souvent d'un mélange de sonorités françaises, anglosaxonnes. A ce titre, si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire cet article sur wikipedia

    Quoiqu'il en soit, l'idée du sketch de Key and Peele consiste à plonger un professeur de banlieue qui s'avère incapable de croire à l'existence de prénoms traditionnels. Dans sa tête, Jacqueline devient donc Ja Cqueline, Blake B-Laké, Denise De Nice et, le meilleur, Aaron A-Aron. C'est même devenu un running gag puisque le duo a fait d'autres sketch en s'appuyant sur le Foot Us. Au-delà, on retrouvera le fameux substitute dans un autre sketch, tout aussi hilarant.



     Slap-Ass : In Recovery.
    Il s'agit ici de la suite direct du sketch Slap-Ass (lui-même résumé au début de ce deuxième épisode) et que je vous encourage à regarder ici.

  • Il y tellement de choses dans ce sketch, incroyable d'intensité dramatique. C'est d'ailleurs l'une de leurs facettes les plus exceptionnelles. Au-delà, ce qui marque peut-être le plus, c'est le talent des deux comiques pour les accents, spécialement Key (le grand chauve). J'y reviendrai avec le prochain extrait.

    Quoiqu'il en soit, ce sketch Slap Ass : In Recovery est truffé de petites pépites, de références. En premier lieu, écoutez bien la musique lorsque Garcia laisse tomber son gant : on est dans le pur hommage au thème de The Thing composé par Ennio Morricone. Globalement, le réalisateur qui officie sur les sketchs a lui aussi un talent de malade. Il arrive à saisir les expressions, à respecter le rythme comique, tragique, c'est remarquable.
    La deuxième référence qui marque vient du "We gonna need a bigger boat", reprise hilarantissime de la ligne de dialogue la plus fameuse des Dents de la mer.
    La troisième référence m'a été apprise par la lecture des commentaires sous la vidéo. En effet, le passage "I am so excited. I am so excited. I am so so scared" vient d'un épisode de Sauvés par le Gong. Un épisode dans lequel le personnage de Jessica était censé prendre des amphétamines pour l'aider à tenir le rythme scolaire mais où, après censure, les amphétes sont devenus des cachets de caféine.



     Make-a-wish

  • Ce "skit" est très particulier. D'abord, parce que j'ai connu l'existence de l'association Make A Wish grâce à un sketch mémorable de Dieudonné. Ensuite, parce que l'accent indien de Peele est incroyable. A ce niveau, c'est de l'art pur (si vous en voulez davantage, vous retrouverez le perso dans cette séquence). Enfin, parce que ce sketch est l'un des plus horrifiques et que le talent montré dans son écriture annonce l'oscar que recevra Jordan Peele pour le scénario de Get Out. On l'avait vu avec The Thing mais cette séquence montre une reprise des codes, un détournement remarquable puisqu'on navigue aussi bien dans l'Exorciste, que dans le 6ème sens ou encore dans Le village des damnés (ahah, la coupe au bol). Mais le cinéma est régulièrement une matière première, à l'image de ce détournement extraordinaire d'Usual Suspect ou encore de ce sketch énormissime sur Michael Jackson qui glisse un clin d'oeil à Bad Taste de Peter Jackson.

    Au-delà, j'ajoute que Key and Peele arrivent souvent à orienter leurs sketchs vers l'horreur de manière très habile. Comme dans Shining, Family Matters, Little Homie ou la très bonne parodie de LMFAO.



     Mister T PSA

  • Encore un sketch absolument époustouflant où Mister T n'a que faire du racisme, de la pédophilie, de la drogue ou de l'alcool pour ne s'intéresser qu'aux problèmes qui le touchent : les vêtements bizarres, les noms bizarres et les coupes bizarres. Ahah...
    Mais ce qui rend ce sketch hilarant, c'est bien que Mister T ait véritablement participé à une vidéo d'éducation contre la drogue financée et diffusée par le gouvernement américain (ce qu'on appelle une PSA pour Public Service Announcement). Vous pouvez voir cette vidéo ici et accrochez-vous !
    Ce que j'apprécie encore dans cette séquence, c'est la qualité de l'imitation de Mister T. Là aussi, comme les inconnus, ce sont d'excellents imitateurs. On appréciera donc mille petits éléments dans la gestuelle, l'intonation. Pour autant, ce qui me parle le plus reste clairement la reprise du célèbre gimmick de Mister T à savoir "I pity the fool" puisque cette expression est devenue l'accroche du bonhomme après son rôle dans Rocky III. C'est même l'une de ses plus fameuses répliques écrites par Sylvester Stalone. Un Stallone à qui Mister T doit sa carrière (Dieu, que ça donne envie de revoir les Rocky).



    Obama's anger translator

  • Pas mon sketch préféré mais il est rare que les comiques entrent dans la sphère politique. Les Inconnus l'avaient réalisé de manière assez phénoménale lorsque François Mitterrand leur avait collé à chacun un contrôle fiscal pour les punir de leur fameuse chanson Rap tout. Autre temps, autre moeurs, Peele a repris son rôle de l'angry translator pour offrir un sketch AVEC Obama lors du fameux discours à la presse (cf discours aux correspondants de la Maison Blanche). En soi, c'est franchement dingue. Quelle reconnaissance... Quel accomplissement...
    On notera quand même le "I said Bitch" totalement hilarant à la fin du premier extrait et qui nous vient là encore d'un de leurs meilleurs sketchs.



     Scat Duel

  • A la manière des Inconnus (et j'arrêterai la comparaison ici), ce sont de vrais musiciens. On leur doit des parodies particulièrement bien trouvés aussi bien sur la country music que sur les comédies musicales. Le sketch que j'ai placé en haut est un duel de Scat proprement hilarant. Entre nous, je ne sais pas quoi dire tant le niveau est remarquable. De vrais chanteurs accomplis, de purs parodistes qui explosent d'ailleurs lors d'un autre sketch sur le coût des clips.



    Leprechaun

    Cette fois, je vous enjoins à regarder d'abord une vidéo qui n'est pas d'eux puisque de manière saississante, plusieurs américains avaient déclaré à la télé locale avoir vu un Leprechaun. Quand la réalité dépasse la fiction, quelle version est la plus drôle ?




  • Je pourrai continuer très longtemps tant leurs sketchs sont nombreux, variés, riches et à mourir de rire. On pourrait parler des problématiques sociales et de leur vision souvent hilarante du racisme, allant parfois à l'encontre du politiquement correct comme ce sketch sur l'esclavage ou cet autre sur Obama. Cette vision bon enfant mais néanmoins piquante n'est pas sans doute pas étrangère au fait que Peele fut victime de racisme de la part de ses camarades noirs pour avoir eu une mère blanche. Quoiqu'il en soit, on trouvera la réunion de tout leur talent dans le brillantissime Negrotown

  • Il y a tellement de séquences créatives, intelligentes, hilarantes qu'il serait difficile de choisir mais je termine sur certaines de mes préférées. En espérant vous avoir permis de découvrir un duo absolument génial. Perso, je me régale.






  • Enfin je conclue avec "Black ice" qui signifie verglas en anglais. Ahah !!

  • ps: je viens de découvrir celui-ci. Là encore, on ne peut que rester pantois devant le dosage de tragi-comique, la réalisation dynamique, le rythme parfait.