Kaldaeria, le carnet de Phanat

Kaldaeria, le carnet de Phanat

Page vérifiée Created at May 23, 2017 #Noob #Néogicia #Olydri #Phanat Contact

Illustration "Session 01"

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  • Et voilà l'illustration de cette session 01 !

    Merci les tipeurs pour votre participation. Vous trouverez ci-dessous les liens des déclinaisons exclusives de l'illustration par rapport à votre niveau.
  • Niveaux 1 et 2
  • Liens de téléchargement : Cliquez ici

    Vous aurez les déclinaisons suivantes en 1080p :

    - 1 format carré

    - 1 format vertical en 9/16

    - 1 format horizontal en 16/9

  • Niveaux 3 et 4
  • Lien des téléchargements : Cliquez ici

    Vous aurez les déclinaisons suivantes en 4K et en 1080p :

    - 1 format carré de chaque

    - 1 format vertical en 9/16 de chaque

    - 1 format horizontal en 16/9 de chaque

  • Niveau 5
  • Lien des téléchargements : Cliquez ici
    Vous aurez les déclinaisons suivantes en 4K et 1080p :

    - 1 format carré de chaque

    - 1 format vertical en 9/16 de chaque 

    - 1 format horizontal en 16/9 de chaque

    - 1 format A4 imprimable.

Illustration "Session 01" - Niveaux 5

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News reserved for Tippers only
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  • Mise à jour 20/01/2019
  • La majorité d'entre vous a décidé que je partirai sur une création personnelle. RDV le 24 janvier pour le début du chantier si on arrive au premier palier. ^^
  • ----------
  • Bonjour à tous. Bonne année 2019 !!!

    Ça fait un bail ! Je sais, c'est assez récurrent. Je travaille actuellement sur une cinématique pour le jeu vidéo Noob et ça me prend tout mon temps.J'ai mis à jour ma page Tipeee. J'ai l'intention de recentrer sur mon activité sur l'illustration. Un dessin est plus "rapide" à réaliser qu'un chapitre de roman. Je n'abandonne pas Kaldaeria. J'ai un peu avancé dans la structure de l'histoire mais toute mon énergie créative va sur la création de la cinématique du jeu.

    J'ouvre aussi la possibilité de faire des commandes de dessin individuelles. Les tarifs sont sur la page de présentation. https://fr.tipeee.com/kaldaeria

    J'ai changé le mode de collecte des tips. Elle se fera par illustration et plus par mois. Là au moins, vous aurez quelques choses. Je ne vous remercierai jamais assez de votre soutien.

    La collecte des tips se fera sur une semaine puis je commencerai à faire le dessin correspondant au palier atteint. Exceptionnellement, cette récolte se terminera le fin mercredi 23/01/2019à 23h59 pour tester tout ça.

    Selon le niveau de contribution, les tipeurs auront accès à plusieurs déclinaisons de l'illustration.

    Tous les tipeurs auront accès aux déclinaisons SD :

    - 1 format carré 1080x1080 px,

    - 1 format 16/9 1920x1080 px.

    Les tipeurs ayant atteint et dépassé le niveau 3 auront accès aux déclinaisons HD :

    - 1 format carré 2160x2160 px,

    - 1 format 16/9 4k 2840x2160px,

    Les tipeurs ayant attein le niveau 5 auront accès à la déclinaison A4 :

    - 1 format A4 29,7x21 cm à 300dpi.

    Le choix du thème de l'illustration se fera sur mes réseaux sociaux.

    Pour cette première session, je n'ai pas d'idée de thème au moment où j'écris ces lignes, soit un fan art, soit une création personnelle. Je verrai après avoir posté lu les réponses de cette news sur mes réseaux sociaux. XD

    À très vite ! ^^


  • Sœur Cynthia fut surprise par les propos de Shenlaw. 


    - Euh… quoi ? Qui t'a dit ça ? demanda-t-elle surprise.

    - C'est une impression générale, dit-il. Ça a commencé il y a plusieurs mois. Les élèves de la Grande École font de plus en plus d'exercices militaires en dehors de la Grande Muraille. C'est ce que m'ont dit ma grande sœur et mon grand frère. Il y a de plus en plus de pièces de théâtre mettant en scène des héros combattant les Beysaks. Après chaque spectacle, les gens sont chauds bouillants pour aller casser du monstre. Et quant à nous, il n'y a pas un seul cours à l'école qui ne mentionne pas notre devoir de reconquérir notre monde. Je pense qu'il va y avoir une grande annonce dans un évènement important où beaucoup de personnes sont rassemblées. Peut-être à la rentrée à la Grande École pendant le discours de bienvenue, voire peut-être tout à l'heure qui sait. Si rien ne se passe, je veux bien être de corvée de latrines toute ma vie.

    - Toute ta vie ?

    - Euh… quand même pas… c'était juste une façon de parler.

    - Si tu veux prouver ton point, il ne faut pas hésiter à poser tes couilles sur la table.

    - Sœur Cynthia, vous êtes bien vulgaire, c'est choquant, dit-il d'un air faussement gêné. Je pose mes couilles seulement quand je suis sûr et certain d'avoir raison.

    - Shenlaw, tu es bien vulgaire, c'est choquant, dit-elle d'un air faussement gêné aussi. En tout cas, si tes prédictions s'avèrent exactes, la reconquête de notre monde commence enfin ! dit-elle avec enthousiasme.


    Shenlaw ne semblait pas partager la même joie que sœur Cynthia qui le remarqua.


    - Pourquoi est-ce que partir en guerre te tracasse ? demanda-t-elle.


    Shenlaw resta silencieux, l'air mélancolique.


    - Ça va être une aventure épique, dit-il en souriant.


    Soudain, quelqu'un toqua à la porte. Un instituteur vint prévenir sœur Cynthia que les inspecteurs de la Grande École allaient arriver. 


    - Préparez-vous à les recevoir. Rassemblez les enfants dans la cours. J'arrive de suite, dit-elle à l'instituteur. Shenlaw, on en reparlera si tu veux.

    - Pas besoin, on aura d'autres chats à fouetter. Je rejoins ma classe si vous me le permettez.

    - Bonne chance pour les épreuves. Mais je sais que tu vas déchirer pour les épreuves écrites.

    - Sans aucun doute, dit-il avec un sourire arrogant.


    Il n'aura pas fallu longtemps pour rassembler de nouveau tout le monde dans la cours de l'école et se mettre en rang. Quelques inspecteurs en uniforme bleu et blanc étaient déjà arrivés et préparaient les diverses épreuves dans l'école avec les instituteurs. Sœur Cynthia attendait avec une certaine impatience à l'entrée de la cours avec l'un d'entre eux.


    - Maître Breytac ne devrait pas tarder ma sœur, dit l'inspecteur. Il a eu une réunion de dernière minute avec les autres responsables des épreuves.

    - Merci de me prévenir. Je sais que coordonner cet évènement dans toute la cité n'est pas une mince affaire, dit-elle en souriant avec grâce.


    Le sourire dévastateur de l'intendante eut raison de l'inspecteur qui tomba irrémédiablement sous son charme.


    - Encore un qui est tombé dans la toile de sœur Cynthia, dit Farang amusé. S'il savait qu'il y avait un Beysak qui se cachait derrière ce masque de Théveda, il rira moins.

    - Chut, tu vas encore te faire gronder ? dit Kara.

    - Ça va, elle ne nous entend pas là d'où elle est, dit-il. En parlant de gronder, elle ne t'a pas trop crié dessus Shenlaw ?

    - De quoi tu parles ? demanda Shenlaw 

    - Quoi ? Elle t'as pas puni ?

    - Pourquoi elle le ferait ?

    - Mais c'est pas juste. Il n'y a que moi qui est puni à chaque fois.

    - Parce que tu le mérites à chaque fois, dit Kara.

    - C'est vraiment une vieille sorcière…


    Ce fut les dernières paroles de Farang. Il s'écroula tout à coup dans l'indifférence générale. Seuls les inspecteurs étaient surpris mais les instituteurs les rassurèrent. L'attaque était venue de nulle part et laissa une grosse bosse sur la tête du perturbateur. Kara et Shenlaw prirent en charge Farang et l'allongèrent sur un banc de la cour tranquillement. C'était une routine quasiment quotidienne. Quant à l'inspecteur qui était à côté de sœur Cynthia, son air d'amoureux transi s'était effacé. Il était devenu pâle et frissonnait un peu. Sœur Cynthia était en train de faire rouler des cailloux dans sa main gauche puis elle les pulvérisa facilement en serrant son poing. Tout à coup, quelque chose l'interpella et elle regarda le ciel en souriant.


    - Pardonnez mon retard, la réunion pour la coordination des épreuves dans les communes a pris un peu plus de temps que prévu, dit une voix masculine âgée venant du ciel.


    Tout le monde leva les yeux. Trois personnes étaient en train de descendre lentement du ciel, une femme à l'air sévère ayant un uniforme militaire, une petite personne dont le visage était caché par la capuche de son manteau raffiné et un vieil homme à l'élégance stricte et qui inspirait le respect. Tous les écoliers avaient les yeux plein d'étoiles en les voyant flotter majestueusement.


    - Moi aussi je maîtriserai les techniques de vol, dit Farang.

    - Deux minutes pour reprendre connaissance, il s'améliore. À force, il pourra bientôt résister aux coups à la tête, dit Kara.

    - Ou bien en donner sans se blesser, ça deviendra son arme principale, aussi dure que du métal, dit Shenlaw.

    - C'est pas faux, dit-elle souriant.

    - Hey, je suis là, dit Farang. Retournons dans les rangs avant que je me fasse encore assommer.


    Les trois amis retournèrent discrètement dans les rangs. Quant aux trois arrivants, la femme et le vieil homme atterrirent en douceur devant la cours tandis que la petite personne retomba un peu maladroitement sur ses pieds. La femme s'empressa de l'empêcher de tomber avec soin. La petite personne ne semblait pas apprécier cette intervention. Quant au vieil homme, il rejoignit sœur Cynthia avec un grand sourire.


    - Bienvenue à l'école primaire de Terre-Glaise maître Breytac, dit chaleureusement sœur Cynthia au vieil homme.

    - Ma chère Cynthia, dans mes bras, dit-il en les écartant. 

    - Tu veux vraiment te montrer familier en public dans un évènement officiel ? dit-elle un peu gênée.

    - Il n'y a pas de mal à ce qu'un grand-père prenne sa petite-fille adorée dans ses bras.

    - Tu es le directeur de la Grande École, un peu de tenue ne serait pas de trop pour quelqu'un de ta position.

    - La famille passe avant tous les protocoles. Et puis ça fait longtemps que je ne t'ai pas vu.

    - On s'est vu la semaine dernière.

    - Ça fait bien trop longtemps !

    - Ah la la…


    Sœur Cynthia céda de bon cœur à la requête de son grand-père et alla dans ses bras.


    - Les préparatifs se passent bien ? demanda-t-il.

    - Tranquillement, nous serons prêt dans une demi-heure, dit-elle. On peut passer à ton discours d'ouverture. Je ne m'attendais pas à ce que tu sois accompagné. Est-ce la raison de ton retard ?

    - Non, c'est une autre histoire. Je ferai une annonce dans mon discours d'ouverture des épreuves. Mais avant, je te présente Shiryana de la grande maison des Sâ et sa servante Katarina. Elle passera les épreuves ici.

    - Je vous salue ma sœur, dit la petite personne en enlevant sa capuche puis en faisant une révérence.

    - Enchantée de vous rencontrer.


    Les enfants aux premières loges les regardaient et découvrirent une jolie petite fille aux cheveux blancs d'une dizaine d'année. Les commentaires commencèrent à fuser dans les rangs et c'était vite devenu la cohue. Soudain tout le monde se tut. Sœur Cynthia leur avait jeté un coup d'œil glaçant.


    - Woaw, vous avez calmé tout le monde grâce à une projection d'aura parfaitement maîtrisée, dit Shiryana.

    - Ce n'est pas cette technique qui les a calmés, c'était juste un avertissement, dit sœur Cynthia. Ils savent ce qu'ils risquent s'ils me contrarient mais passons. Pourquoi voulez-vous passer les épreuves dans mon humble établissement ?

    - Je voulais voir comment les roturiers passaient les épreuves et maître Breytac voulait que je serve de point de référence pour eux. C'était l'occasion de faire une pierre deux coups.

    - Et puis il y a un autre sujet dont nous voudrions te parler en privé plus tard, dit maître Breytac. Je ne veux pas faire attendre plus longtemps les enfants.

    - Très bien, dit sœur Cynthia.

    - Avant que je commence, il faut que je te dise la raison de mon retard pour que tu ne sois pas prise au dépourvu, dit maître Breytac.


    La conversation entre sœur Cynthia et maître Breytac semblait traîner en longueur. Shenlaw les observa avec attention mais il ne discernait rien. Par contre, l'inspecteur qui était à côté d'eux était bien plus expressif et drôle à regarder. La surprise puis l'excitation se lisaient sur son corps. Shenlaw avait l'impression qu'il était tout à coup remonté à bloc. Peu après, Sœur Cynthia conduisit son grand-père en haut des escaliers de l'entrée. Shiryana et sa servante restèrent en bas sur le côté. L'intendante s'avança au milieu des escalier et prit la parole.


    - Les enfants, certains d'entre vous le connaissent déjà, je vous présente maître Breytac, le directeur de la Grande École. Il nous fait l'honneur d'être parmi nous en ce grand jour pour vous annoncer une grande nouvelle. Je vais lui laisser la parole. Maître Breytac.

    - Bonjour les enfants et futurs élèves de la Grande École, dit-il. Avant de vous annoncer cette grande nouvelle, je vais vous parler des épreuves du cristal sacré. Je pense que sœur Cynthia vous a expliqué dans les grandes lignes comment ça va se passer. Quant à moi, je vais vous dire à quoi ça sert. Chacun de vous a un potentiel et les épreuves permettent de nous les révéler. Nous allons mesurer votre ki, vérifier votre condition physique et évaluer votre intellect. Obtenir de bons résultats aux épreuves vous ouvrira les portes des enseignements d'élite à la Grande École. Mais vous n'avez pas besoin d'être bon à tout, juste dans ce que vous savez faire ou dans ce que vous voulez faire. Travaillez dur et vous mériterez votre place. Vous êtes le futur d'Arcaé, le futur de l'Humanité.


    Maître Breytac se tut un instant, regarda les élèves avec attention, puis reprit.


    - Le futur de l'Humanité… Je vais vous parler de la dernière strophe du poème "Oh Kaldaeria". "Nos arts de la guerre se sont affinés, nous avons atteint la divinité, le jour de gloire est arrivé, craignez-nous Beysaks, nous serons sans pitié". En mille ans, nous avons pu reconstruire une civilisation, développer les arts martiaux, former une armée invincible et certains sont même devenus des divinités. Le seigneur Estiel a estimé qu'il était temps de faire nos premiers pas vers le monde extérieur.


    Toute l'assemblée commençait à s'interroger sur les propos de maître Breytac. Certains doutaient de ce qu'ils venaient d'entendre. Après tant d'année, est-ce que la promesse de reprendre Kaldaeria allait enfin être tenue ? Le directeur de la Grande École coupa court aux tergiversations.


    - Oui, le jour de gloire est enfin arrivé, dit-il. Oui, nous allons enfin combattre les Beysaks. Oui, nous allons enfin reconquérir notre monde Kaldaeria.


    Tout le monde était sidéré par l'annonce. Personne ne savait comment réagir. Les gens se regardèrent entre eux. Maître Breytac reprit son discours.


    - Je sais que c'est dur à croire. Quand le seigneur Estiel a annoncé la nouvelle aux hauts responsables d'Arcaé, nous étions aussi incrédules et sans voix. Il a passé en revu nos forces et nous a dit que nous étions enfin prêt à partir. Nous sommes en train de préparer la première expédition de l'histoire d'Arcaé. Et je peux vous le dire, nous partirons dans un mois.


    Tout le monde acclama la nouvelle. La sidération avait fait place à l'excitation. La joie de vivre un moment historique se lisait sur tous les visages. Sœur Cynthia vit l'horizon sous un nouveau jour. Puis elle aperçut Shenlaw qui souriait avec ses amis. Elle n'en revenait pas de savoir qu'il avait raison. Elle sentait qu'il n'était pas aussi enthousiaste qu'il le montrait en public. Peut-être qu'il se confiera à elle le temps venu. Maître Breytac laissa tout le monde savourer ce moment de liesse quelques instants puis continua son allocution.


    - Revenons aux épreuves voulez-vous bien ? Je ne vais pas m'étendre d'avantage. Je vous souhaite de faire de votre mieux. Je déclare ouvertes les épreuves du cristal sacré ! Pour Kaldaeria !

    - POUR KALDAERIA ! crièrent tous en cœur tous les enfants.


    Tout le monde s'applaudissait et cria leur joie. Leur moral était au beau fixe. Sœur Cynthia laissait les enfants profiter de cette ambiance chaleureuse et électrique quelques instants puis leur rappela qu'ils avaient des épreuves à passer.


    À suivre...

  • Chapitres
  • Chapitre 1 : 1 - 2 - à venir



  • Édito
  • Ça fait longtemps que je n'avais pas bossé sur mon roman Kaldaeria. J'étais occupé par divers projets mais me revoici ! Ça m'a permis de prendre du recul et j'ai décidé de repartir à zéro, ou presque.


    Je me suis relu et j'ai trouvé des passages assez indigestes (la création du jeu de boule par exemple). Je voulais réécrire le début pour qu'il soit plus clair. Des éléments de la première version apparaîtront plus tard. En tout cas, je ne suis pas trop mécontent du résultat... pour l'instant... XD


    Bonne lecture ! ^^

  • Kaldaeria - Chapitre 01 - Les épreuves du cristal sacré - Part. 01
  • Oh Kaldaeria notre terre sacrée

    Nos corps et nos âmes n'ont pu te protéger

    Des enfers venues nous éradiquer

    Craignez les Beysaks car ils sont sans pitié 


    Leurs flammes ont brûlé nos vertes contrées

    Leurs marées ont rasé nos grandes cités

    Leurs faims ont dévorés nos biens aimés

    Leur terreur s'est répandue dans le monde entier


    Nos trépassés crient vengeance

    Nous vivants leur rendrons justice

    Bientôt sera l'âge de notre renaissance

    Et celui des vils démons périsse


    Oh Kaldaeria un jour nous te sauverons

    Et ce jour se profile à l'horizon

    Car de plus en plus fort nous devenons

    Craignez-nous Beysaks, nous serons préparés


    Chers Ancêtres, soyez bénis 

    La cité que vous avez bâtie en ces temps désespérés

    Se dresse toujours après mille ans écoulés

    Arcaé, le dernier bastion de l'Humanité


    Merci pour ce havre de paix

    Grâce à vous nous avons prospéré

    Des générations se sont succédées

    Jamais nous n'oublierons vos sacrifices


    Nos arts de la guerre se sont affinés

    Nous avons atteint la divinité

    Le jour de gloire est arrivé

    Craignez-nous Beysaks, nous serons sans pitié


    Chaque matin avant d'entrer en classe, une centaine de petits enfants de la commune de Terre-Glaise récitaient en cœur le poème "Kaldaeria, notre terre sacrée" écrite pas le seigneur Estiel, le dirigeant de la cité forteresse d'Arcaé. Ils étaient placés bien en rang dans la cours de l'école primaire sous la supervision bienveillante de la jeune intendante sœur Cynthia qui était en haut des escaliers de l'entrée de l'école. Une gentille et chaleureuse aura émanait d'elle et ses lumineux cheveux blond accentuaient cet impression de sainteté. La récitation routinière se déroulait tranquillement mais l'air était particulièrement électrique aujourd'hui. Les enfants habituellement insouciants étaient nerveux et excités. La récitation finie, sœur Cynthia prit la parole.


    - Très bien les enfants. Avant d'aller en classe, on va faire le point sur ce qui va se passer. Comme vous le savez déjà, aujourd'hui est un jour très important.

    - C'est le jour des patates aux lardons à la cantine ! cria un garçon aux cheveux hirsutes très enthousiaste.


    Tous les enfants se mirent à rire mais ils se calmèrent aussitôt. Un inquiétant frisson les stoppèrent net. Leur instinct leur disait que réagir d'avantage à la petite blague du garçon pouvaient les mettre sous le feu d'un prédateur assoiffé de sang. Sœur Cynthia semblait légèrement agacée.


    - Farang, je sais que tu aimes les patates aux lardons, mais la prochaine fois que tu m'interromps, ce ne seront pas des lardons qui accompagneront tes patates. Est-ce que tu as bien compris ?

    - Oui sœur Cynthia, répondit timidement le garçon.


    Un simple rappel à l'ordre de sœur Cynthia envers Farang surprit un peu tout le monde. D'habitude, elle aurait eu une réaction plus violente envers le petit perturbateur. Ce jour particulier la troublait plus qu'il n'y paraissait.


    - Je reprends. Comme vous le savez déjà, aujourd'hui est un jour très important. Comme chaque année, c'est le jour des épreuves du cristal sacré. les inspecteurs de la Grande École vont arriver dans la journée et ils vont venir vous évaluer. Pour ceux qui ont moins de dix ans, vous n'aurez que le test du cristal. On mesurera votre ki et son évolution. Ça sera comme les tests que vous faites tous les mois avec moi, rien de bien méchant. Pour ceux qui ont dix ans, là on ne rigole plus. 


    Sœur Cynthia prit un air plus grave et sérieux. La tension monta d'un cran. Les gorges des enfants concernés commencèrent à se nouer.


    - Dans un mois, vous ferez vos premiers pas dans le monde des grands. Dans un mois, vous allez entrer à la Grande École. Réussir les épreuves est crucial pour votre avenir. Ça sera un bon départ pour devenir les élites de notre grande cité Arcaé.

    - Pourquoi faire partie de l'élite serait-elle la seule voie pour atteindre l'épanouissement personnel ? demanda un enfant dans la foule.


    Tous les regards se posèrent sur Farang, surpris par tant d'attention.


    - Euh… C'est pas moi qui ai parlé. Je vous jure ! Je sais même pas ce que c'est un "lépanousse" et pourquoi il ment. dit Farang.


    Tous les regards se posèrent automatiquement sur un autre garçon qui ne bronchait pas d'un cil. Sœur Cynthia l'avait déjà en ligne de mire mais aucune aura menaçante n'émanait d'elle. C'était un garçon de dix ans à la coiffure courte et lisse. Il était plutôt propre comparé aux autres enfants malgré ses vêtements rapiécés. Il n'y avait ni malice ni de défiance dans son regard, seulement de la sincérité. L'intendante mit sa main sur son front un instant puis dit :


    - Shenlaw, ce n'est pas le moment de discuter philosophie. On pourra le faire plus tard si tu veux mais pas maintenant.

    - Désolé ma sœur. C'était juste une pensée qui m'a échappée, dit le garçon. Ça ne se reproduira pas.

    - Je n'en doute pas. Où j'en étais ? Élites de notre grande cité… Parler des épreuves ! En plus du test du cristal, vous aurez des épreuves écrites et des épreuves d'aptitudes physiques. Nous évaluerons l'orthographe, la grammaire et les mathématiques et on verra vos conditions physiques. Vous en saurez plus quand les émissaires arriveront. Mon petit doigt me dit que vous allez bien vous en sortir. En attendant, exceptionnellement, vous avez quartier libre. Je vous conseille quand même d'aller cultiver votre ki ou bien de réviser vos cours. Sur ce, vous pouvez aller en classe.


    Tout le monde entrait dans l'école et rejoignit leur classe dans le calme. Les enfants discutaient entre eux des épreuves qui allaient se dérouler, partageaient leur excitation et leur anxiété. Sœur Cynthia approcha un groupe d'enfants où se trouvaient Farang le perturbateur et Shenlaw. Le garçon aux cheveux hirsutes la remarqua et se jeta à ses pieds en pleur.


    - Sœur Cynthia, pitié, ne me punissez pas. Je veux des lardons avec mes patates, supplia Farang.

    - Ça va pour cette fois, je ne suis pas venue te punir, dit-elle en soupirant.  Shenlaw, peux-tu m'accorder un petit moment ? Allons dans mon bureau.

    - Bien sûr ma sœur, dit Shenlaw.


    Le garçon suivit tranquillement l'intendante sous les regards un peu jaloux de certains. Les autres allèrent dans leur salle de classe.


    - Ouf, je l'ai échappé belle, dit Farang. Merci Shenlaw de t'être sacrifié pour moi. Je ne l'oublierai pas. Je ne te piquerai pas de lardon dans ton assiette.

    - Il va pas être puni à ta place. On parle de Shenlaw là, dit un garçon aux cheveux rasés.

    - Amrey a raison, sœur Cynthia a dû le convoquer pour une autre raison, dit une fille avec des couettes.

    - Kara, il a interrompu le discours de sœur Cynthia lui aussi, je ne vois pas pourquoi il ne sera pas puni, dit Farang.

    - Il a posé une question intelligente, toi t'as fait l'idiot, dit-elle.

    - Kara, un lépatruc qui ment, c'est intelligent ça ? demanda Farang.

    - "Épanouissement", c'est un seul mot, dit-elle. Ça veut dire grandir dans le bonheur ou un truc dans le genre. Il a demandé à sœur Cynthia pourquoi faire parti de l'élite serait la seule voie pour atteindre le bonheur.

    - Euh… Ok. T'as compris ça toi ?

    - Ça aide de faire les devoirs avec lui après l'école. Il explique très bien les trucs et tu comprends plein de choses. En plus, il t'apprend d'autres trucs qui sont pas enseignés dans les cours.

    - Ouais bon, ça va pas m'aider à devenir le héros qui va détruire les Beysaks.

    - En tout cas, sœur Cynthia a l'air de préférer les hommes intelligents aux brutes sans cervelle.

    - Euh… c'est quoi le rapport, dit Farang perplexe.

    - Je disais ça comme ça, dit-elle avec un léger sourire.


    Cette dernière remarque n'était pas tombée dans les oreilles de sourds dans la classe et les garçons qui cultivaient leur ki se mirent aussitôt à réviser les cours.


    La décoration du bureau de sœur Cynthia était sobre et fonctionnelle. Une magnifique aquarelle à l'encre noire accrochée sur le mur à droite de l'entrée égayait la pièce. Elle représentait le paysage d'Arcaé qui comportaient de majestueuses montagnes embrumées. Le regard plein d'étoiles de Shenlaw était posé sur la bibliothèque remplie de livres qui était placée en face de la peinture. Sœur Cynthia s'assit nonchalamment sur le fauteuil de bureau et fit un long soupir. L'impression de dignité qu'elle dégageait s'était dissipée. Shenlaw n'était pas surpris. Il connaissait ce côté de sœur Cynthia.


    - Shenlaw, installe-toi, dit-elle en montrant une chaise. Est-ce que ça va ?

    - Je n'ai pas assez dormi, dit-il tranquillement en s'asseyant. Une de nos vaches a mis bas cette nuit et il fallait que j'aide mes parents. Ça a prit pas mal de temps mais tout s'est bien passé. Encore une fois, désolé pour cette interruption.

    - C'est rien. C'est toujours mieux que les idioties de ton ami Farang. Son obsession pour les patates aux lardons me laisse perplexe. Ta question m'a aussi prise au dépourvu.

    - C'était juste une pensée qui m'est venue comme ça, c'est tout.

    - Vraiment ?

    - Vous m'avez convoqué pour parler de ça ?

    - Quand mon élève le plus intelligent et le plus sage perturbe mon discours, c'est étonnant. J'aimerai bien comprendre. Et comme on a du temps avant de passer les épreuves, autant le faire maintenant.

    - Ok, mais je n'ai rien d'autre à ajouter.

    - "Pourquoi faire partie de l'élite serait-elle la seule voie pour atteindre l'épanouissement personnel ?". J'ai senti une pointe d'agacement quand tu as posé cette question. Pourtant tu es plutôt du genre à toujours chercher l'excellence et vu tes résultats scolaires, tu feras sûrement parti de l'élite.

    - Je ne pense pas que je ferai parti de l'élite. Ça sera compliqué à cause de mon handicap. Ne pas avoir de ki n'ouvre pas beaucoup de porte.

    - Pourtant tu es mon meilleur élève. Tu excelles en mathématique, en langue, en histoire, en dessin. Je suis toujours subjuguée par ton aquarelle des montagnes d'Arcaé.

    - Pas en arts martiaux et en taille de ki. Notre société privilégie plus la force et la grosseur du ki que l'intellect.

    - Est-ce que c'est ça qui t'agace ?

    - Non, ça c'est rien. Je me suis fais une raison très tôt. Je sais que je vais devoir me battre toute ma vie pour me faire une place ici. Ce qui me tracasse est totalement autre chose.


    Shenlaw prit un instant. Il semblait hésitant.


    - Tu sais que tu peux me parler, dit sœur Cynthia.

    - Ça risque d'être long, dit Shenlaw.

    - On a encore du temps avant que les émissaires n'arrivent.


    Shenlaw rassembla ses pensées.


    - Très bien, dit-il. Depuis combien de temps on récite le poème moyennement inspiré chaque matin ? Quatre, cinq ans ?

    - Euh, c'est ça.

    - Le système scolaire a aussi changé dans ces eaux-là. L'école est devenue obligatoire. On commence à apprendre lire, à écrire et les mathématiques à cinq ans. Personnellement, je ne m'en plains pas. J'adore ça mais je suis une exception. Par exemple, je pense qu'apprendre les maths à cinq ans est bien trop tôt, même si c'est très basique.

    - Ah bon ?

    - Quand j'aide les autres enfants à faire leurs devoirs après l'école, je vois ce qui marche et ce qui ne marche pas. Les maths sont bien trop abstraits pour les petits. Nos esprits aiment le concret, ce qui peut se tenir dans la main. Même si on explique à quoi ça sert, ils s'en moquent à cet âge. La majorité de mes amis n'aime pas du tout ça. Certains en sont même dégoûtés au point d'en vomir. Je pense qu'il vaut mieux les enseigner à partir de la Grande École. Aux alentours de dix ans, on comprend un peu mieux les choses. C'est juste une théorie. Il faudrait faire des essais pour voir si j'ai raison ou pas. Vous aviez tout ça quand vous aviez notre âge ?

    - Je viens d'une famille de noble. J'ai eu une instruction très jeune aussi, mais ce n'était pas aussi technique que maintenant. Ça a beaucoup changé en si peu de temps. Mais quelque chose me dit que ce n'est pas ça qui te contrarie, n'est-ce pas ?

    - En effet. En fait, j'ai beaucoup digressé.

    - C'est ton grand défaut. Il faudrait que tu ailles plus rapidement à l'essentiel, même si ton point de vue sur l'enseignement des maths est intéressant.


    Shenlaw prit un petit moment pour peser ses mots.


    - On va partir en guerre et c'est pour bientôt, dit-il.


    À suivre...

  • Chapitres
  • Chapitre 1 : 1 - 2 - à venir



  • Les premiers rayons de soleil franchirent les crêtes des montagnes de l'Est. Les coqs commencèrent à chanter dans les fermes. De la brume se formèrent au dessus des champs. Trois petites lumières se baladaient rapidement sur les sentiers qui entouraient les champs agricoles. C'était des petites lampes à bougie qui étaient attachées sur les têtes de Shenlaw, Léna et Farang. Ils étaient en train de courir à un rythme régulier depuis une heure environs. Ils arrivèrent à un croisement dont les chemins menèrent vers leurs maisons. Ils s'y arrêtèrent à peine essoufflés et commencèrent à faire des étirements.


    - Wow, je suis pas fatigué du tout maintenant, dit Farang. J'aurai jamais cru que ça serait possible il y a un mois. 

    - Pareil. J'ai du mal à croire qu'au début on crachait nos poumons après seulement dix minutes de course, dit Léna. Maintenant, on peut courir pendant plus d'une heure tranquillement. On enchaîne sur quels exercices cette fois-ci ?

    - On va juste faire des étirements et dix minutes de circulation de ki pour bien récupérer, dit Shenlaw. Ça va être une longue journée aujourd'hui. Il va falloir être en forme.

    - Avec notre entraînement, je me sens d'attaque pour les épreuves des épées sacrées ! dit Farang. On va avoir de bons résultats pour la rentrée à Grande École.

    - Je ne sais pas si ça va suffire, dit Shenlaw. On a juste un peu plus d'endurance et de force que la plupart des enfants de notre âge mais ça n'est pas une garantie pour les réussir.

    - Un peu d'optimisme monsieur le rabat-joie. On ne sait jamais !

    - Vous au moins vous pouvez y participer, dit Léna en boudant.

    - T'inquiètes, deux ans ça passe vite, dit Farang. Et puis tu auras plus le temps de t'entraîner que nous.

    - Ne sois pas pressée petite sœur, la Grande École sera un enfer comparé à l'école communale. Il va falloir apprendre les mathématiques, la littérature, la poésie, le dessin, la peinture, l'astronomie… dit Shenlaw le sourire aux lèvres. J'ai hâte d'y être ! Plus qu'une semaine !

    - C'est qui qui ne doit pas être pressé maintenant ? dit Léna.

    - … Bon ! On passe à la circulation du ki.


    Les trois enfants se mirent à effectuer des gestes lents, harmonieux et accompagnés de respirations maîtrisées tout en étant synchronisés. Leurs mouvements faisaient penser à une danse. Les ki de Léna et de Farang se manifestaient autour d'eux en une aura rouge légèrement visible mais rien n'apparaissait pour Shenlaw. Farang semblait préoccupé par le problème de son meilleur ami.


    - Shenlaw, il n'y a rien dans le livre d'Estiel qui pourrait t'aider à utiliser ton ki ? demanda Farang.

    - Pour l'instant j'ai rien trouvé, dit-il. Décoder le livre est plus dur que je le pensais. J'ai à peine fini le chapitre qui parle de la circulation du ki la semaine dernière. Pour vous donner un ordre d'idée, si ma main était le contenu du livre, je n'aurai même pas fait le blanc de l'ongle qui dépasse quand il est bien coupé.

    - N'empêche, même avec seulement ça et les exercices physiques, on a fait de gros progrès, dit Léna. En plus, c'est pas compliqué. Je me demande pourquoi on n'apprend pas ça à l'école.

    - Je sais pas. Mais je sais que grande sœur Méléa et grand frère Kravann ont appris des techniques similaires à la Grande École, dit Shenlaw. Et puis il faut quand même être motivé à s'entraîner comme on le fait.

    - C'est vrai que les autres nous ont pris pour des fous quand on leur a demandé, dit Farang. Tant pis pour eux, ils ne savent pas ce qu'ils ratent !

    - Par contre, je ne sais pas si on aura le temps de faire les exercices quand on sera à la Grande École, dit Shenlaw. Les journées de cours sont assez chargées.

    - Bah, on verra.


    Quelques minutes plus tard, les trois enfants finirent leur entraînement.


    - Farang, on se retrouve à l'école pour le départ ? demanda Shenlaw.

    - Yep, dit Farang. 

    - À tout à l'heure Farang, dit Léna.

    - Tu viens aussi finalement ? demanda-t-il.

    - Yep. Je veux revoir grand sœur, même si c'est de loin.

    - Elle a cassé les pieds à mon père pour aller la voir à l'épreuve, dit Shenlaw. Je ne suis même pas sûr qu'on la verra. Elle sera trop occupée à escorter le seigneur Estiel et le Beysak géant qu'elle a tué.

    - Je sais. Au pire des cas, je verrai vous vautrer dans les épreuves, dit-elle.

    - Il y a de fortes chances, dit Shenlaw.

    - Parle pour toi ! dit Farang. Moi, je vais faire un tabac ! Sur ce, j'y vais. À toute !

    - À toute ! dirent Léna et Shenlaw.


    Farang s'en alla. Léna et Shenlaw prirent un autre chemin pour aller chez eux. Après quelques minutes, Léna et Shenlaw se retrouvèrent devant une modeste maison en brique et une basse-cour un peu plus loin. Des travaux d'agrandissement étaient en cours sur un des côtés de la maison. De la fumée sortait de la cheminée située au milieu du toit. Une bonne odeur de potage de légume flottait dans l'air et mettait l'eau à la bouche aux deux enfants affamés par leurs exercices physiques. Ces derniers firent un petit tour et entrèrent dans la maison par une petite véranda. Ils enlevèrent leur chaussures et les rangèrent dans un petit meuble dédié. La véranda donnait directement sur la salle de séjour. Ils virent leur mère Ellia en train de préparer au milieu de la pièce un potage sur une cuisinière en pierre et en bois et qui avait la forme d'une table. Cette dernière était une invention de Shenlaw qui n'avait pas vraiment convaincu sa famille au premier abord, mais qui l'avait trouvée très pratique après quelques utilisations.


    - On est de retour, cria Léna.

    - Votre entraînement s'est bien passé ? demanda Ellia.

    - Tranquille. J'ai trop faim maintenant.

    - Le petit déjeuner est prêt. Lave-toi les mains et tu pourras manger.

    - Père est déjà parti à l'école ? demanda Shenlaw.

    - Oui. D'ailleurs c'est lui qui vous conduira à l'épreuve, dit sa mère.

    - D'accord. Je vais aller prendre une douche avant de manger.


    La maison des Lonewei était plutôt cossue pour des paysans. La famille avait des revenus un peu plus élevés que les autres familles d'agriculteurs grâce à Méléa et à Kravann qui donnaient une partie de leurs soldes, mais leur relative petite fortune était liée aux inventions de Shenlaw. À sept ans, il avait inventé un chariot qui facilitait la plantation et la récolte dans les champs en étant couché sur le ventre. L'invention avait eu beaucoup de succès auprès des agriculteurs et la famille avait acquis une certaine notoriété pendant un temps. Pour éviter d'être dérangé par des sollicitations quotidiennes, son père Junfan avait décidé de s'attribuer la parenté de l'invention au grand soulagement de son fils. Shenlaw ne voulait pas devenir célèbre pour ne pas mettre en avant son handicap. Malgré leur petite richesse, les Lonewei vivaient modestement. Ils ne voulaient pas être différents de leurs amis en ne portant pas de signes de richesse ostentatoires. Seul le confort de leur maison était leur petite extravagance. Shenlaw s'était occupé de l'aménagement intérieur et avait imaginé presque tous les meubles et les commodités. Tout était fabriqué sur place par la famille pour éviter trop de dépense et grâce à la maîtrise du ki d'Ellia et de Junfan. Les meubles n'avaient pas de décoration sculptée ou peinte contrairement à la mode arcaenne qui est très chargée et baroque. La simplicité des formes était un choix délibéré du garçon et cela avait beaucoup déstabilisé toute la famille et les personnes qui avaient visité la maison. Étrangement, grâce à l'harmonie de l'aménagement de Shenlaw, les pièces de la maison semblaient très luxueuses. Cependant, la décoration était un peu trop extravagante pour les autres.


    Après une bonne douche et un petit déjeuner copieux, Shenlaw alla se reposer dans sa chambre. Sa porte donnait sur une grande étagère remplie de sculptures et de babioles plus ou moins étranges qu'il avait créées. Juste à côté de la porte se trouvait son espace de travail où des outils de dessin et de sculpture étaient posée et d'autres créations étaient en cours d'élaboration. Son lit était un peu plus loin et Shenlaw s'affala dessus. Il prit un livre avec une belle couverture sculptée sur une petite commode qui était à côté du lit. C'était celui d'Estiel qui le lui avait donné un mois plus tôt. L'ouvrage était protégé par un système de verrouillage qui semblait magique. Shenlaw repensa à son entrevue avec Estiel sur la plaine de la porte ouest.  


    - Il y a deux conditions pour que je puisse te prendre sous mon aile, dit Estiel. Il faudra que tu excelles à la Grande École. Bien sûr, je ne prendrai pas en compte les résultats des disciplines liées au ki.

    - Je pense que ça sera une formalité, dit Shenlaw avec assurance.

    - La seconde condition est plus difficile à remplir. Elle n'est pas indispensable, mais je te conseille fortement de la réussir. Ça te permettra d'être bien vu malgré ton handicap.

    - En effet, ça serait pas mal.

    - Je veux que tu obtiennes la dernière épée d'or à l'épreuve des épées sacrées.


    Shenlaw devint pâle.


    - Qu… Quoi ? demanda Shenlaw.

    - Je sais. Tu penses que tu ne peux pas l'avoir à cause de ton handicap, mais tu as tes chances, dit Estiel.

    - Sérieusement ?

    - Oui.

    - Comment ? Seuls ceux qui maîtrisent le ki à un très haut niveau peuvent avoir une épée d'or.

    - C'est vrai, mais dans ton cas…

    Estiel se tut un instant puis il se dirigea vers un coffre, l'ouvrit et y chercha quelque chose. Il revint avec un livre avec une couverture sculpté dans du métal. Estiel la toucha et le livre s'ouvrit tout seul. Il présenta à Shenlaw la première page.


    - Si tu participes aux épreuves, je te donne ce livre, dit Estiel. Je pense qu'il pourra t'aider.

    - Euh… Je ne comprends pas ce qu'y est écrit.

    - Le livre est codé par précaution. Il contient des choses très intéressantes.

    Les étranges lettres intriguaient de plus en plus Shenlaw. Elles lui semblaient étrangement familières.


    - Est-ce que je peux prendre le livre juste pour voir de plus près ? demanda-t-il.

    - Bien sûr.


    Estiel donna le livre à Shenlaw. Tout à coup, l'ouvrage se referma à peine entre les mains du garçon. Il essaya de l'ouvrir mais le livre resta solidement fermé.


    - C'est pas moi qui ai fait ça ? demanda Shenlaw.

    - Ne t'inquiète pas, c'est normal, dit Estiel. Le livre a un système de verrouillage magique. Seuls ceux qui en ont l'autorisation peuvent l'utiliser.

    - Quoi ? C'est la première fois que je vois un truc pareil. C'est quoi ce livre ?

    - C'était le journal intime d'un vieil ami. Il avait le même handicap que toi. Et le système de verrouillage était une de ses inventions.

    - Sérieusement ? Je ne savais pas que ce genre de truc existait.

    - C'est une pièce unique. Malheureusement mon ami emporta dans sa tombe les secrets de fabrication et beaucoup d'autres choses.

    - Euh… Vous voulez que je reprenne ses travaux ?

    - L'idée m'a traversé l'esprit après que tu aies soumis ta proposition. Mais organiser un traffic et créer un objet sont deux choses totalement différentes. Et mon ami était un vrai génie, je doute que tu puisses faire de même.

    - Je ne sais pas si je dois être soulagé ou vexé que vous me sous-estimiez ainsi.

    - Est-ce un petit relent d'orgueil ? dit Estiel amusé.

    - J'ai presque envie de vous montrer que je peux créer un système similaire.

    - Presque ?

    - Pour faire un tel système, il faut des outils très précis ou une personne qui puisse modeler des éléments extrêmement petits. Et je ne connais personne qui soit aussi talentueuse… C'est vous qui l'avez forgé.

    - Ton esprit est très vif.

    - Vous n'avez pas gardé les schémas ?

    - Je dois avouer que je ne comprenais rien quand je l'ai fabriqué malgré les explications de mon ami. Il me dictait simplement les procédures. Et puis c'était il y a plus de mille ans.

    - Le livre est si vieux ? Comment est-il en si bon état ?

    - J'ai utilisé la technique de renforcement dessus régulièrement. C'est aussi pour ça qu'il est aussi solide.

    - Votre ami s'appelait comment si ce n'est pas indiscret.

    - Tomy.

    - Tomy… Tomy Liv ?

    - Oui.


    Shenlaw rendit le livre à Estiel avec une certaine frayeur.


    - Vous voulez me donner le journal d'un des fondateurs d'Arcaé ? Pourquoi ? demanda le garçon un peu paniqué.

    - Si tu réussis les épreuves des épées sacrées, je t'en dirai plus.

    - Raaaahh !!!… Je veux bien participer aux épreuves, mais je veux redéfinir les conditions.

    - Tu veux négocier ?

    - Vous avez clairement des projets pour moi et je pense que je peux les réaliser. Sinon cet entretien serait simplement du temps perdu.

    - Très bien. Je t'écoute.

    - Euh… sérieusement ?

    - Ton argument se tient.

    - D'accord… euh… Je voudrais que vous me parrainez sans condition dès le début. J'aurai l'esprit plus tranquille et je serai plus efficace pour travailler. Je ne vous ferai pas déshonneur.

    - Hum… Accordé. Autre chose ?

    - J'aimerai que vous me donniez le journal maintenant. Je ne pourrai pas l'étudier une fois que je serai à l'école.

    - Bien tenté, mais tu l'auras après avoir participé aux épreuves.


    Shenlaw voulait le livre et décida de jouer son va-tout.


    - La première phrase du journal est "À toi qui aura ce journal et qui saura le lire, si Estiel est encore en vie, dit à ce petit pongdã qu'il a fait du bon boulot et que je m'occupe de former celui-là pour le futur de Kaldaeria."


    Estiel regarda le petit garçon stupéfait. Ses yeux commencèrent à s'humidifier mais le Déva resta stoic. Il posa sa main droite sur la couverture du journal et semblait incanter un sort. Le livre s'illumina d'une faible lumière. Puis Estiel le présenta de nouveau au garçon.


    - Mets ta main droite sur la couverture et répète après moi la formule magique que je vais te dire, dit Estiel.


    Shenlaw s'exécuta. La lumière du livre clignota un petit instant puis s'éteignit.


    - Le journal est maintenant à toi, dit Estiel.

    - Vraiment ?

    - Tu as juste à toucher le cercle au milieu pour l'ouvrir.


    Shenlaw testa la procédure et le livre s'ouvrit sans peine. L'enthousiasme se lisait sur son visage au fur et à mesure qu'il feuilletait le journal. Puis sa joie s'estompa.


    - C'est un lourd poids que je viens de mettre sur tes épaules, dit Estiel.

    - Je l'ai cherché mon seigneur. J'ai l'impression que vous avez encore beaucoup de choses à me dire.

    - En effet. On en reparlera après les épreuves.

    - Raaaah, j'en étais sûr !

    - Je pense qu'on s'est tout dit pour le moment. Je te libère. Je te raccompagne dehors.

    - Merci mon seigneur.


    Estiel accompagna Shenlaw en dehors de sa tente où attendaient Méléa et Kravann.


    - Shenlaw ! C'est l'heure, il faut y aller ! dit sa mère.

    - J'arrive ! dit-il.


    Après s'être préparés, Shenlaw et Léna partirent à l'école communale sous le regard inquiet de leur mère qui devait rester chez eux pour s'occuper des bêtes de la ferme.


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