Kaldaeria, le carnet de Phanat

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Kaldaeria - Chapitre 1 - Départ vers l'Ouest - 1ère partie

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  • La ville d'Arcaé n'avait jamais été aussi animée depuis sa création. Le départ de la première campagne contre les Beysaks était célébrée en grande pompe depuis l'aube. L'expédition allait reconquérir une ancienne ville abandonnée à l'ouest d'Arcaé. L'espoir, disparu depuis longtemps, avait regagné tous les habitants. Un peu plus de dix mille âmes, des guerriers prometteurs et des colons volontaires, composaient l'expédition menée par le seigneur Estiel, le dernier Déva vivant. Seulement le tiers participait au grand défilé organisé par les seigneurs de la ville car les rues n'étaient pas très larges. Chaque famille participant à l'expédition avait dû envoyer des représentants pour faire parti du cortège, qu'ils soient nobles ou d'une classe plus modeste. Le tracé du défilé commençait au Palais du Conseil des Sages situé au centre-ville et se finissait à la plaine de la porte ouest en dehors de la ville, où le reste de l'expédition finissait de préparer les attelages et les convois des vivres et des matériels.


    Estiel paradait majestueusement en tête de file sur son cheval blanc. Il avait l'air d'un beau trentenaire aux cheveux blancs, mais il était plus vieux que la ville. Il était enfant lors de sa construction il y avait plus de mille ans. Les Dévas vieillissaient extrêmement lentement contrairement aux Humains. Estiel était vêtu d'habits luxueux en soie blanc et décorés de motifs végétaux dorés élégants, et il portait une superbe coiffe en or. Il était aux côtés de hauts gradés tous aussi guindés sur leur chevaux bien apprêtés. Ils étaient encadrés par des porte-étendards aux blasons colorés représentants la ville et les grandes familles. Derrière eux suivaient à pied les guerriers et les volontaires sans pédigrées, venant de classes sociales plus modestes.


    Les petites rues tortueuses de la ville peinaient à accueillir autant de monde, sans compter les résidents. Ces derniers étaient quasiment tous au rendez-vous, sur tout le long du chemin du défilé et aux fenêtres de leurs immeubles. Ils étaient en liesse et encourageaient leurs héros fébriles, intimidés mais stimulés par la soudaine attention. Les familles et les proches des volontaires étaient plus sensibles à leur départ mais tout le monde était confiant sur les futures victoires de l'expédition. Cependant, au milieu de la foule, un petit garçon de dix ans aux cheveux raides hirsutes et habillé de vêtements bruns rapiécés n'était pas du tout enthousiaste et trépignait sur place.


    - Raaaah !!!! Leurs stuffs ne sont pas du tout optis ! s'exclama le petit garçon.

    - Qu'est-ce que tu racontes Shenlaw ? demanda une femme près de lui, dans la trentaine, aux longs cheveux noirs bien coiffés et habillée avec des vêtements modestes mais bien entretenus.

    - Mère, leurs habits ne sont pas faits pour partir en guerre. Les couleurs sont trop voyantes. Ils vont se faire repérer à des kilomètres à la ronde. Je te raconte pas le temps de préparation à mettre tous leurs attirails. D'ailleurs, il y a des nobles qui sont tout le temps en train de remettre leur coiffe mal fixée.

    - Ce sont les tenues de combats traditionnels. C'est normal qu'ils soient habillés comme ça.

    - Elles ne sont pas pratiques. Le temps passé pour s'habiller, c'est du temps en moins pour faire autre chose. C'est logique. C'est un peu faciliter la tâche pour les Beysaks. Quoique je ne sais pas s'ils peuvent voir les couleurs comme nous.

    - Euh… Pourquoi les Beysaks ne verraient pas comme nous ?

    - Ils ont peut-être un système de vision différent du nôtre. Par exemple, les yeux des mouches sont composés de milliers de petites facettes. Ou encore, les chèvres ont des pupilles rectangulaires et horizontales. Et puis il y a les positions des yeux qui diffèrent et plein d'autres variations. En fait, il y a autant de système de visions que d'espèces animales. La perception est de base relative. Le problème avec les Beysaks, c'est qu'on ne sait quasiment rien sur eux. L'expédition va avancer à l'aveugle, sans vouloir faire de trait d'esprit.

    - Euh… Si tu le dis… dit-elle un peu déboussolée. Tout ira bien pour l'expédition. Le seigneur Estiel est à sa tête. Les guerriers sont aussi forts que les Thévedas maintenant ! Et il y a aussi Méléa et Kravann qui sont les plus forts de leur régiment.

    - Je ne m'en fais pas pour grande sœur et grand frère. Je sais qu'ils sont compétents. Mais ils ne seront pas à l'abri d'excès de zèle de certains hauts gradés.

    - Tu te prends trop la tête, mon génie de fils !

    - Je sais Mère. Je sais…


    Le défilé arriva au niveau de Shenlaw et de sa mère. La foule était en délire et trop bruyante pour le garçon qui se boucha les oreilles. Soudain, quelque chose le mit mal à l'aise. Il avait une désagréable sensation de vertige et d'oppression. Elle semblait être projeté d'un endroit proche. Shenlaw tenta de la localiser et trouva la source du malaise. Il croisa alors le regard d'Estiel. Tout à coup, Shenlaw avait l'impression que le temps était figé. Le regard froid d'Estiel semblait transpercer le petit garçon de part en part. Puis la perturbante sensation se dissipa soudainement. Le Déva le salua et continua de défiler comme si de rien n'était. Shenlaw était déboussolé et se demanda ce qu'il s'était passé. Mais ses pensées furent interrompues par sa mère.


    - C'est moi où il m'a saluée ? lui demanda-elle, charmée par le Déva.

    - J'en sais rien, il y a trop de monde autour de nous, répondit Shenlaw un peu agacé de voir sa mère "tromper" son père.

    Un second groupe composé de guerriers en uniforme coloré et à cheval arriva à leur niveau. Avoir une monture était le signe d'un grade important. Ces guerriers devaient être des sous-officiers. La mère de Shenlaw remarqua quelque chose dans ce groupe et s'exclama. 

    - Ça y est, ils sont là ! Méléa !!! Kravann !!! On est là !!!


    Une jeune fille et un jeune homme aux alentours de la vingtaine d'année se tournèrent vers elle étonnés et la saluèrent un peu gênés. Ils avaient fière allure dans leur uniforme flamboyant mais élégant.


    - Wouah ! Grande sœur Méléa, grand frère Kravann, comme vous faites trop beaux ! Vous ressemblez à des paons pendant la saison des amours ! cria Shenlaw l'air taquin.

    - Mais tu vas arrêter de me mettre la honte, sale garnement ! corrigea sa mère avec une grosse tape sur la tête.


    La foule autour d'eux était amusée par la scène ainsi que les camarades de Méléa et de Kravann.


    - Méléa, Kravann, on vous retrouve à la porte ouest ! ajouta leur mère.

    - À tout à l'heure ! répondit Méléa un peu décontenancée.

    - Shenlaw, tu perds rien pour attendre ! cria Kravann.

    Ce dernier lui tira la langue. Leur mère tapa de nouveau sa tête. 

    - Et bien, votre petit frère est un sacré numéro, leur dit un de leur camarades.

    - Tu ne me le fais pas dire, dit Méléa. Il est même plus surprenant qu'il n'y paraît.

    - Bon ! À qui le prochain quart d'heure de honte ? enchaina un autre camarade.

    - Tu seras peut-être le prochain, lui répondit Kravann.


    Soudain, une femme cria le nom de ce camarade et tout le monde rit de bon cœur.


    Shenlaw et sa mère restèrent un peu regarder les personnes de l'expédition défiler. Ils purent voir des connaissances qui s'étaient portées volontaires pour coloniser de futures bases avancées. Puis ils se dirigèrent vers la porte ouest. Shenlaw n'avait toujours pas l'esprit tranquille, mais il prit soin de ne pas le montrer à sa mère pour ne pas l'inquiéter d'avantage. Même si elle montrait de l'enthousiasme, il savait que ce n'était qu'une façade et qu'elle était morte d'inquiétude au fond d'elle. Mais il fallait garder la face. C'était un sport national à Arcaé. Une heure plus tard, ils arrivèrent sur la plaine de la porte ouest où se dressait la gigantesque muraille qui protégeait la ville.

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