Kaldaeria, le carnet de Phanat

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Kaldaeria - Chapitre 1 - Départ vers l'Ouest - 7ème partie

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  • Estiel fit des étirements et s'affala sur sa chaise. Shenlaw était surpris par la décontraction soudaine et sans gêne du Déva.


    - Je pensais que ça n'en finirait jamais. Je te remercie de m'avoir débarrassé de ces deux-là. Ils ne font que de se crêper le chignon à chaque fois qu'ils se voient. Si je ne les connaissais pas, ils pourraient passer pour un vieux couple, dit Estiel.

    - Euh… Vous êtes sûr de vouloir me dire tout ça ? demanda Shenlaw.

    - Pourquoi ?

    - Bin, vous n'avez pas peur que je répète ce que vous avez dit.

    - Non. Pas vraiment. Et puis, mon intuition me dit que ce n'est pas ton genre de jouer aux mégères. 

    - Euh… peut-être… De quoi voulez-vous me parler mon seigneur ?

    - En fait, rien en particulier. Je voulais juste m'amuser à faire tourner en bourrique mes conseillers avec cette "conversation privée" et jouer sur leur paranoïa. Ça leur apprendra à me prendre la tête.

    - Si vous avez accepté de me rencontrer, c'était aussi pour les embêter ?

    - J'avoue. Je voulais m'amuser un peu et ton frère est tombé pile au bon moment. S'il avait juste voulu se faire bien voir et que c'était une perte de temps, je l'aurai assigné aux latrines pendant six mois. Mais tu es une très bonne surprise.

    - Je n'ai fait qu'aider du mieux que je le pouvais mon seigneur.

    - Et tu m'as rendu un fier service. Je te remercie encore.

    - C'est tout naturel mon seigneur. Si vous n'avez rien de plus à ajouter, je ne veux pas m'imposer d'avantage.

    - La compagnie d'un vieillard t'ennuie mon garçon ?

    - Pas du tout. C'est juste que je ne veux pas abuser de votre précieux temps. Et puis vous faite plus jeune que mon père.

    - Ah ah ah ah ! Je te taquine.


    Estiel se mit à marcher vers une table avec des piles de livres posés dessus.


    - Est-ce que tu aimes les livres ? demanda Estiel.

    - Pas spécialement mon seigneur. C'est plutôt leur contenus qui m'intéressent. Pourquoi ?

    - Je t'ai vu plusieurs fois regarder ces livres. Si tu veux jeter un coup d'œil de plus près, tu peux venir.

    - Vraiment ? Merci mon seigneur.


    Shenlaw avança rapidement vers la table. Ses yeux s'étaient remplis d'étoiles en découvrant les livres.


    - Vous avez une collection très hétéroclite, dit Shenlaw. Des livres de tactiques militaires, des romans à l'eau de rose, des récits d'aventure, des essais philosophiques… Euh… Des romans à l'eau de rose ???

    - C'est mon péché mignon, dit Estiel. Les récits simplistes me permettent de ne plus penser à rien. S'il y a un livre qui t'intéresse, je t'en fais cadeau. C'est ta récompense pour ton aide précieuse.

    - Sérieux ??? Argh, j'aimerai bien tous les lire, même les romans à l'eau de rose. Je serai bien tenté par les arts militaires vu l'actualité.


    Estiel se tut un instant. Il observa Shenlaw qui s'enthousiasmait sur les livres.


    - Je suis surpris qu'un enfant de paysans sache déjà lire. Sais-tu aussi écrire ? demanda Estiel.

    - Oui mon seigneur. Entre l'école communale et les corvées dans les champs, j'ai vite choisi. Mes parents m'ont laissé faire. J'ai lu tous les livres de l'école communale et aussi la collection personnelle de la directrice de l'école. D'ailleurs, j'ai lu tous vos mémoires qu'elle avait.

    - Tu les as lu ?

    - Les tomes un à douze plus précisément.

    - Woaw ! Je suis impressionné. Je ne connais aucun enfant qui a eu le courage de les lire. En même temps, je n'en connais pas du tout personnellement.

    - Votre style est plaisant à lire, même si parfois je ne comprenais pas certains mots.

    - Tu as dix ans. Il me semble que c'est l'âge pour aller à la Grande École.

    - C'est exact. Ça sera ma première rentrée scolaire dans un mois.

    - Je suppose que tu es très excité d'y aller.

    - Je le suis mon seigneur. J'ai hâte d'accéder à la grande bibliothèque. Toutes ces connaissances à porté, j'en trépigne d'impatience.

    - Et l'apprentissage des arts martiaux ?

    - C'est pas vraiment mon truc. J'ai quand même des bases, mais je préfère avoir une tête bien faite. C'est la connaissance et la sagesse qui feront vraiment avancer les choses.

    - Je vois.


    Shenlaw commençait à se perdre dans un livre. Estiel était amusé par l'enthousiasme du garçon, puis il devint pensif et son visage se fit plus grave.


    - Que penses-tu de la reconquête de notre monde ? demanda Estiel.

    - Pourquoi vous me demandez ça ?

    - Je suis curieux de connaître ton avis.

    - C'est cool. On va enfin reprendre notre monde aux Beysaks.

    - Tu n'as pas l'air convaincu.

    - Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?

    - Ce que tu penses vraiment.


    Les étoiles que Shenlaw avaient dans les yeux en feuilletant les livres s'estompèrent. 


    - Je suis très excité à l'idée que ma grande sœur et mon grand frère aillent se faire massacrer par des monstres sanguinaires. Et j'ai hâte de les suivre à l'abattoir avec ma petite sœur quand on sera plus grand, quoique je ne servirai pas à grand chose, dit le garçon.

    - Je ne pensais pas que tu savais manier le sarcasme. Je suis sincèrement désolé de nous envoyer faire la guerre. Ce n'est pas une décision que j'ai pris à la légère. Es-tu contre cette expédition ?

    - Je ne suis pas contre, mon seigneur. Je sais que vous êtes désolé. C'est juste que je me fais aucune illusion sur ce qui va arriver. Vos mémoires sont très équivoques si on enlève leur côté épique et héroïque. Les nuées de Beysaks sont des fléaux mortels quasiment inarrêtables et nos forces n'ont combattu que des petits groupes d'une vingtaine de monstres. Ils n'ont aucune expérience d'une vrai bataille.

    - Nous nous formerons simplement sur le tas, et j'assume les conséquences que ça implique. Il n'y a pas d'autre moyen. Et puis si je n'étais pas sûr de nos chances, je n'aurai pas lancé l'expédition. 

    - D'accord. On est au pic de notre puissance, mais celle des Beysaks a aussi pu changer en mille ans.

    - Raison de plus pour agir. Quoique l'on fasse, leur menace sera toujours présente. Vaut-il mieux vivre derrière un mur qui peut céder à tout moment ou prendre notre destin en main au prix de lourds sacrifices ?


    Shenlaw se tut un petit moment. Puis il poussa un large soupir.


    - J'aurai préféré ne pas grandir dans un monde en guerre, dit le garçon. J'ai pas vraiment envie d'avoir le cœur brisé plusieurs fois. Mais je n'ose imaginer ce que vous avez pu ressentir. Vous avez fait comment pour tenir le coup aussi longtemps ?

    - Avec de la ténacité, un peu de rage, un soupçon de patience et beaucoup de joie de vivre.

    - C'est plutôt simple.

    - La simplicité est parfois amplement suffisante.

    - J'espère avoir la même force que vous.

    - Est-ce que tu as d'autres choses à me dire ?

    - Hum… Il y a un point qui a l'air anodin, mais qui pourrait faire toute une différence. Les vêtements que les soldats et les officiers portent ne sont pas fait pour une longue campagne militaire. Les Beysaks se foutent royalement des décorations et les froufrous. Les installer est du temps perdu. Et puis les couleurs vives les font repérer des kilomètres à la ronde. D'ailleurs, vous mettez combien de temps à vous habiller et à mettre votre coiffe ?

    - Hum…


    Le Déva était surpris par la question et esquissa un petit sourire. Il alla vers une armoire et sortit de magnifiques étoffes de soie bien pliées. Tout à coup, elles virevoltèrent tout autour de lui. Et en un instant, Estiel avait entièrement changé de tenue. Il avait même une autre coiffe qui tenait très bien sur sa tête. Shenlaw était bouche bée.


    - D'accord. C'est pas un problème pour vous, dit l'enfant après avoir retrouvé ses esprits. Mais c'est pas aussi évident pour le commun des mortels mon seigneur.

    - Ah ah ah ah ! C'est vrai que j'ai eu le temps de maîtriser la technique du changement d'habit instantané. Mais tu soulèves une bonne question. Est-ce que tu as au moins des propositions concrète ? Critiquer n'est pas un problème, mais il faut qu'il y ait du solide derrière pour que ça soit pertinent.

    - J'ai des idées, mais ça changerait radicalement la mode d'Arcae.

    - Ah ah ah ah ! J'aimerai bien voir ça.

    Shenlaw reprit le fusain et la feuille et fit quelques croquis. Estiel était vraiment étonné par le design des vêtements.


    - C'est très… simple. Un peu trop simpliste même, dit Estiel.

    - La simplicité est parfois amplement suffisante.

    - Ah ah ah ah ! C'est pas faux. En tout cas, tu sais aussi bien dessiner. Décidément, tu es plein de talents. Y a-t-il des domaines que tu ne maîtrises pas ?

    - Il y en a, mais c'est un peu embarrassant d'en parler.

    - Je comprends. Si tu ne veux pas en parler, ce n'est pas un problème.

    - … J'ai une question.

    - Je t'écoute.

    - Est-ce que vous savez s'il y a eu des cas de personnes qui ne pouvaient pas utiliser de ki durant toute notre histoire ?

    - Est-ce ton cas ?

    - … Malheureusement oui.

    - … Je crois que ça fait plus de six cent ans qu'il n'y a plus de personne comme toi.

    - Plus de six cent ans ? …

    - Pourtant, avec ton intelligence, tu devrais pouvoir le manier.

    - Je comprends parfaitement les processus et j'arrive facilement à entrer en méditation. Ce n'est pas ça le problème. En fait, je n'arrive pas à ressentir mes flux d'énergie, quoique je fasse.

    - … Je comprends. Je crois que tu es comme tes lointains ancêtres qui ne pouvaient pas utiliser le ki. Mais ils étaient très intelligent et avaient un esprit vif.

    - Ok. Donc je suis comme ça à cause de gènes récessifs.

    - De quoi tu parles ?

    - J'ai simplement pas eu de chance d'être né ainsi. Vous savez ce qui me frustre le plus ? C'est que je pourrai pas aider à notre reconquête comme je le voudrais.

    - Pourquoi ?

    - Ceux qui n'ont pas beaucoup de ki ne sont pas vraiment bien considérés. C'est comme avoir un boulet vissé à la cheville à vie. On n'accèdera jamais à un haut poste. On a moins de chance d'être marié. On finit paysan, travailleur manuel, saltimbanque, nettoyeur de latrines et j'en passe.

    - C'est… injuste.

    - C'est le résultat de votre politique de sélection. 

    - … En effet malheureusement.

    - Je ne vous lance pas la pierre. C'était un choix de développement pour combattre les Beysaks. Mais vous ne pouvez pas contrôler le cœur des gens.

    - En quoi tu ne pourrais pas aider à l'effort de guerre ?

    - J'ai des idées mon seigneur, beaucoup d'idées, comme les tenues que je vous ai montrées. Mais ma condition fait que je ne serais pas vraiment écouté.

    - Pourtant je t'écoute.

    - C'est vrai. Et je me demande toujours bien pourquoi.

    - Je vois beaucoup de potentiel en toi. Je pense sincèrement que tu seras un atout pour notre cause. J'aurai besoin de ton esprit à mes côtés.

    - Je… je suis honoré que vous pensiez de moi ainsi mon seigneur. Merci.

    - Ne me remercie pas tout de suite. Si tu veux être pris au sérieux et participer vraiment activement à la reconquête, il faudra prouver ta valeur plus que les autres. Et si tu réussis, je pourrai te parrainer.

    - Vraiment ? Je n'ai pas peur de relever les manches.

    - Très bien. Il y a deux conditions pour que je puisse te prendre sous mon aile. Il faudra que tu excelles à la Grande École. Bien sûr, je ne prendrai pas en compte les résultats des disciplines liées au ki.

    - Je pense que ça sera une formalité.

    - La seconde condition est plus difficile à remplir. Elle n'est pas indispensable, mais je te conseille fortement de la réussir. Ça te permettra d'être bien vu malgré ton handicap.

    - En effet, ça serait pas mal.


    Estiel révéla la condition et Shenlaw devint pâle.

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